18 février 2011

Souplesse de l'islam

Le raidissement que l’on observe aujourd’hui chez les tenants du laïcisme, leur intransigeance dogmatique, et une intolérance appellant à l'"éradication", n'a d'égal que le raidissement, qui en est l’exacte antithèse, du fondamentalisme. Les deux postures font prévaloir les formes sur le fond, et cachent une même pauvreté en matière de propositions concrètes qui vont dans le sens de la vie, de la facilité au lieu de la difficulté, de la souplesse au lieu de la dureté. Ce sont pourtant ces qualités qui font, aux yeux de Noureddine Bouarrouj, la souplesse de l'islam, et qui sont désormais perdues.

Le prochain texte de Noureddine Bouarrouj, abordera le thème de l’islam et la rationalité, et clôturera la réflexion sur la laïcité et l’islam.


Tous les versets du Coran, quand tu commences à analyser les causes de la Révélation, sont liés à des situations concrètes, et avec modification parfois.

La Révélation répond à un appel, à une question, et la résume.

La jurisprudence est liée à un dialogue et non pas à un dogme tombé du Ciel et auquel la société se plie.
Elle est liée à une dialectique de discussion avec la société. C’est ce qui donne sa grande souplesse à l'islam, son caractère concret en relation avec des situations exactes, liées à des personnes et des circonstances données, d'où les jurisconsultes doivent tirer des généralités.

Ce qui veut dire que l'islam est capable de discussion. Le Prophète a discuté, a changé de positions, a rectifié certaines positions par d'autres plus radicales ou plus ouvertes. C'est ce qui donne à l'islam cette souplesse qui lui a permis de rentrer dans d'autres sociétés.

C'est pour ça que l'on voit dans les premiers siècles se développer la réflexion. C'est pourquoi tous les musulmans disent Inna Addinou yousr, layssa bi 'ousr (la religion c'est la facilité, non la difficulté). La régression consiste à se maintenir dans la rigidité, dans le dogme et à renoncer à la facilité. C'est ce que Bourguiba a dit, à propos du jeûne : il a été transformé, surtout en Afrique du Nord, en une sorte de culte de la difficulté. Le malade, le vieux, l'enfant, la femme enceinte, le travailleur agricole, font le jeûne. Ils délaissent les solutions du Coran permettant de jeûner dans des conditions plus faciles.

On veut se faire violence parce que l'on est dans une mauvaise conscience. Parce qu’on est perdant par rapport à l'Occident. On sait qu'on a une culpabilité d'être vaincu. Parce que le Musulman quand  il se sent dans cet état, n'est pas à l'aise. Il s'accroche. Il fait des sacrifices. Il est dans un état de mortification qui ne mène à rien et qui n'a rien à voir avec l'Islam.

Cette histoire de mortification est liée à l'intégrisme. Quand il était en période d'expansion, l'islam permettait aux problèmes de trouver tellement de solutions et d'amendements. Aujourd’hui, des malades, des diabétiques se contraignent à faire le ramadan. Le retour à un islam de mortification reflète l'état psychologique des musulmans qui ont perdu le vrai islam qui a séduit beaucoup de peuples par sa facilité, sa souplesse et son esprit de tolérance. C'est ce qu'on a perdu et il n'est pas facile d'y revenir.

- Toute la société est à rebâtir…

- Oui ! Ce n'est plus lié à une question d'enseignement. Comme disent les gens de la Nahdha, tu ne peux pas commencer à propager le bon islam uniquement dans les livres si les musulmans ne sont pas en train de résoudre leurs problèmes politiques, économiques sociaux, dans la réalité et par eux-mêmes. Si tu veux commencer uniquement  par le fait d'enseigner, c'est la dogmatique qui prévaut parce que la société y est plutôt préparée.

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