10 mars 2011

Z, UN TUNISIEN DU TROISIÈME TYPE

C’est quoi un Tunisien du 3e type ?

Une catégorie ? Une dimension? Une espèce spéciale ?
Les trois à la fois.

Une catégorie en retrait, tout en étant très impliquée; une dimension hors de l’espace et du temps, par sa capacité à saisir le trait universel; une espèce en voie d’apparition : le Tunisien de demain.

Cela fait des années que, comme beaucoup d’autres inconnus, je fréquente cet anonyme, si bien nommé. Non pas X, mais Z, comme Zorro.

Le trait de sa plume, comme le fouet de l’illustre cavalier masqué, marque en effet l’infâme d’une cicatrice indélébile.

C’est un journaliste de la caricature. Un art difficile.
Art: survit au temps.
Difficile: de ne pas se tromper.

C’est tout le mérite de Z.

D’année en année, d’un événement l’autre, Z a fait la chronique impitoyable d’une sinistre dictature en restant toujours drôle. Sa cible : les hommes en mauve, les RCdistes, une certaine Tunisie dont Ben Ali était le nom. Le dictateur, sa coiffeuse et toute sa smala, Z en a fait des caricatures jusqu’à plus soif : dénonciatrices toujours, cruelles comme la réalité de ce temps-là (qui ne reviendra plus, on l'espère), et toujours drôles.
Pas seulement drôle.

Il y a de la classe dans ces dessins, une capacité de hauteur. Peut-être observe-t-il du haut du Bou-Kornine, la montagne qui surplombe le lac de Tunis et qui fait figure de mascotte dans ses caricatures.

Du haut de ce mont, il regarde la volaille du Palais, et les laquais en mauve, comme il observerait les flamants roses dans le marais salant.

Il croquait aussi à belles dents les journalistes de services, les serfs journaleux, dont il commentait par ailleurs les délires.

Car Z ne se contente pas de dessins. Il commente. Il tient son journal de la Tunisie. Et ses commentaires attirent les commentaires. De sorte que son site, (http://debatunisie.canalblog.com/), si vous n’avez pas encore deviné, a fini par rassembler à un plateau de débats, le plus souvent d’une tenue irréprochable.
Normal.
Qui s’assemble se ressemble.

Ce n’est pas pour autant le consensus. Non.

Les critiques fusent parfois. Les débats se font vifs. Mais toujours dans le respect. Jamais cela ne s’envenime.

Ainsi la caricature de Rached Ghannouchi de retour en Tunisie en tenue de pop-star! Certains n’ont pas aimé que parmi la foule d’accueil, il y ait une fan qui lui montre sa poitrine nue! Un trait de génie qui, tout en s’inspirant des scènes des fans des stars anglaises, est à la fois un clin d’œil à… Ghannouchi, pouvant signifier: «Tu ne sais pas ce qui t’attend», et une prise de distance par rapport au même Ghannouchi, qu’il croque presqu’avec tendresse: «Je ne partage pas tes idées».
Et tout est dit.

Sa série de croquis sur les «Ben Simpsons» est un chef d’œuvre. L’art est souvent défini par la capacité de dire le maximum avec une grande économie de moyens. C’est ici le cas. Vous voulez suivre les différentes phases par lesquelles la Tunisie est passée depuis la fuite du dictateur jusqu’à la formation du cabinet Béji Caïd Essebsi?

Regardez les Ben Simpsons, façon Z: tout y est dit. Lisez ensuite les commentaires. Là, vous entendrez la voix du chœur, c’est-à-dire celle de l’opinion dans sa diversité, comme dans le théâtre grec.







Et vous avez une idée de ce que pourra être un jour une démocratie à la tunisienne: jamais sans une dose d'humour!

2 commentaires:

_z_ a dit…

c'est touchant. c'est très dur vous savez d'être respecté. j'ai l'impression que sous ZABA c'était facile. Avec la démocratie naissante j'espère pouvoir maintenir le même niveau d'alerte et d'analyse. Ce sera plus ardu en tout cas et j'aurai besoin de vos encouragements.
Merci l'ami que j'espère connaitre un jour!

Hédi Dhoukar a dit…

Cher Z,
Ce sera dur en effet… d'être débordé. Avec la démocratie vient… l'embarras
du choix
Mais je ne doute pas un instant que vous serez à la hauteur : l'arbre ne change pas qu'on reconnaît à ses fruits.
J'espère aussi vous connaître un jour.
Amicalement
Hédi Dhoukar