22 juin 2011

LA DÉMOCRATIE DE TOUS LES DANGERS


Depuis le soulèvement du peuple tunisien qui a mis fin à une odieuse dictature soutenue par les Européens et les étatsuniens, le monde arabe est entré dans la douleur des accouchements. Et il ne fait pas de doutes que les puissances qui couvaient les dictatures, comme des poules les œufs d’or qui ne leur appartiennent pas, craignent le séisme pouvant découler en Égypte et dans le reste du monde arabe d’un transfert de souveraineté aux peuples. Au moment où s’opèrera un tel transfert, la révolution aura atteint ses objectifs.
En attendant, tout est fait pour retarder cet aboutissement.

En Tunisie et en Égypte, les forces dont Ben Ali et  Moubarak étaient les noms, se mobilisent et mobilisent leurs alliés internationaux, régionaux et locaux, pour récupérer le pouvoir en réinsérant leurs hommes dans une recomposition politique dite «démocratique» et «pluraliste». Ils cherchent à réduire la révolution démocratique en une démocratie de façade, quitte à y inclure les islamistes qui, de toutes façons, pour reprendre l’expression d'un récent communiqué de salafistes jordaniens, ne courent pas derrière «le mirage des peuples». Ils cherchent à asseoir le pouvoir de Dieu sur les peuples tandis que les réactionnaires arabes essaient d'y maintenir celui de César : l’impérialisme occidental nécessaire à leur survie.

Ce qui se passe en Libye et en Syrie obéit à la même logique. Depuis la Libye qu’ils sont en train de transformer en terre brûlée en s’appuyant sur les forces libyennes de la revanche et sur des aventuriers issus du régime de Kadhafi, les Occidentaux mettent en place une base de déstabilisation de l’Afrique du Nord et de l’Afrique tout court. Là aussi, les rebelles ont été identifiés. Ce sont des islamistes et des djihadistes; c’est-à-dire des gens convaincus qu’il ne faut pas lutter pour ce monde-ci, mais pour l’autre monde. Ce monde-ci on peut le laisser aux Américains et à leurs appétits matérialistes puisque, après tout, «Tout ce qui est à sa surface (la terre) est appelé à disparaître sauf le Visage de Dieu» (koullou min alayha f’aan, illa wajhou rabbika al a'dhim)!
Ce sont de tels hommes qui ont déjà sévi en Algérie pendant les terribles années quatre-vingt dix.
On trouve en Syrie des hommes avec cette mentalité prêts à voir leur pays détruit et sa population massacrée, parce qu'ils ne croient pas de toutes façons aux frontières nationales, mais à la "oumma", et parce qu'ils veulent punir «pharaon». Comme cela s'est passé en Irak où ce sont les religieux qui sont au pouvoir, grâce à Dieu et aux Américains qui ne sont que les instruments de Sa Volonté!

C’est aussi cela l’islamisme politique : des allumés manipulables à volonté. Les puissances occidentales , depuis septembre 2001, n'ont pas de peine à surfer sur la vague islamiste djihadiste, alimentée par l'argent saoudien, pour porter leurs bases et leurs agressions militaires aux confins du monde islamique, vers les marches du Caucase et aux flancs du monde chinois.

Mais le plus important, en Syrie, est de faire avorter une vraie révolution, démocratique celle-là, portée par des militants pacifiques qui luttent depuis des décennies contre la dictature. Ils sont aujourd'hui résolus à ne pas laisser leur pays à la traîne quand l’Égypte et la Tunisie ont fait de grands pas dans la bonne direction.  Empêcher une révolution démocratique en Syrie, tel est l’objectif des puissances occidentales et des monarchies arabes. Y installer un régime rival de l'Égypte serait l'idéal pour que des nains puissent continuer à diviser pour régner!

C'est un constat purement objectif : depuis 2001, des républiques laïques et modernes sont détruites ou en passe de l’être, par le feu occidental et les pétrodollars des monarchies du Golfe : l’Irak, la Libye, la Syrie… Pour savoir ce qu’elles veulent, il suffit de regarder l’Irak : un retour au passé marqué par l'ethnicisme, le confessionnalisme et l'inégalité des sexes. Qui donc rend possible une telle régression? Est-ce possible que ce soit l'Occident?

Pour comprendre, il suffit d'imaginer quel cauchemar se serait pour l’Europe, les Etats-Unis et leur client Israel, si le monde arabe engageait  un processus comme celui qui fait tâche d’huile dans les pays d’Amérique latine pour les soustraire  des serres de l'aigle US.
Ce serait la fin de leur règne.

C’est pourquoi on est sommé de les croire, les canons de leurs  médias officiels pointés sur nos têtes, qu’ils se battent pour faire progresser les droits de l’homme et la démocratie.

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