29 novembre 2011

LES ISLAMISTES AU PIED DU MUR

La victoire d'Ennahdha aux élections de la Constituante, en Tunisie, n'est peut-être pas, comme voudrait le croire Hamadi Jebali, — et le faire croire à son auditoire— une "victoire divine". C'est une question de point de vue. Pour un croyant véritable elle peut être considérée comme une épreuve envoyée par Dieu à ceux qui prétendent interpréter sa volonté. Pour le profane, elle est l'occasion donné aux Tunisiens de "suivre le voleur jusqu'à la porte de sa maison", selon le proverbe qu'ils connaissent tous, mais qui ne signifie pas que les islamistes ont volé quoi que ce soit. Il veut dire qu'il faut suivre le responsable d'un acte donné jusqu'à l'endroit où l'on peut faire l'inventaire de tous les actes précédemment portés à son actif. Pour en prendre la mesure.
D'ores et déjà, ils constatent que le mouvement de Mohamed Ghannouchi se trouve tétanisé par l'aile salafiste du mouvement islamiste, qu'ils se réclament ou non de son parti. Tétanisé et paralysé.
Pourquoi?

Que ce soit lors de l'affaire "Nessma TV", qui a valu au responsable de cette chaîne d'être traîné devant la justice pour avoir diffusé un film représentant Dieu. Que ce soit l'affaire plus récente de l'Université de la Manouba où des éléments extérieurs à l'établissement ont fait irruption pour chercher à contraindre le doyen d'autoriser une étudiante en voile intégral à se présenter aux examens dans cette tenue. Que ce soit pour d'autres affaires moins spectaculaires, mais très répandues, attestant de l'agressivité des salafistes à l'encontre des femmes notamment, les militants islamistes ne font que chercher à appliquer leur projet. 

Il est le même pour tous les islamistes arabes, bien qu'ils soient obligés de s'adapter à des contextes différents. Il y a un seul islamisme, mais des pays spécifiques.  Il est donc aussi le programme d'Ennahdha et celui de l'association des ulémas musulmans où cheijh Rached Ghannouchi siège auprès du cheikh Yusuf Qaradawi; une association qui se veut l'avant-garde des "révolutions" arabes, de la Libye jusqu'en Syrie, peu importent les méthodes, quels que soient les alliances et quel qu'en soit le prix puisque la mort des innocents par centaines ou par milliers, est considéré comme "halal" par Qaradawi, depuis la tribune que lui offre Al-Jazeera et les suzerains de Qatar.

Donc, Ennahdha ne peut pas s'opposer à ces débordements, et il faut croire ses chefs quand ils affirment qu'ils n'en ont pas le contrôle. Alors?

Alors une scission dans les rangs des islamistes tunisiens existe au grand jour sans que le parti qui va avoir l'essentiel des responsabilités du pays ne soit en mesure d'en contenir les développements et les dangers qu'ils représentent. Objectivement, cette scission se manifeste au plus haut sommet d'Ennahdha : Ghannouchi a fait part de son désintérêt pour la gestion des affaires de ce bas monde, préférant s'investir au sein de l'association des ulémas. Il reste ainsi tel qu'en lui-même l'histoire ne l'a pas changé : un idéologue. Mais Hamadi Jebali, sur les épaules duquel il fait reposer le fardeau est sans doute un brave homme et un militant méritant, mais il est aussi un doux rêveur. Alors que le peuple tunisien attendait de lui des paroles engageant une mobilisation concrète contre le chômage et le mal-développement, il s'était laissé aller, après la victoire électorale, à rêver les yeux ouverts et le micro devant  la bouche, à un sixième califat. Entrecoupant son discours de remerciements à Dieu et s'adressant à son public avec un mot, "ikhwani" (mes frères), oubliant que Dieu a crée l'homme et aussi la femme (sans ça comment la création aurait-elle pu fonctionner?) et que donc, parmi le public, il devait y avoir aussi des "akhawati" (mes sœurs).

Certes, il ne faut pas faire de mauvais procès aux islamistes. Le califat, en tant qu'utopie agissante, en tant qu'horizon d'espérance est tout à fait légitime si, comme l'a fait Ghannouchi depuis Le Caire, il est précisé comme tel : une utopie pour l'avènement de laquelle ils ont le droit d'aspirer, pacifiquement. Mais le problème réside dans le fait que, n'ayant rien à proposer de concret sur la base de ce qu'ils considèrent comme spécificique à l'islam, ils soient obligés de se rabattre sur cette utopie et de mobiliser pour elle les énergies. Ce qui les entraîne à s'engager dans un islamiste de combat et dans le prosélytisme. 
Ce qui entraîne, au niveau politique, la mise en œuvre d'un programme  de réislamisation à moyen ou long terme de la Tunisie par l'investissement des institutions en charge de l'éducation, de l'information, de la justice et de la police, voire des relations extérieures pour arrimer le pays au monde musulman. La réislamisation, faut-il le rappeler, est, avec l'aspiration au califat et la réunification de la Oumma, un élément clé du programme des islamistes.

Ce n'est pas ce qu'attendent les Tunisiens, surtout les jeunes, confrontés à un avenir désespérément bouché. Ce n'est pas pour cela qu'ils se sont soulevés. Ce n'est même pas pour cela qu'ils ont voté.

Dans une année ils seront appelés à nouveau aux urnes.

Ce sera l'année la plus dense jamais connue par la Tunisie moderne. L'année de la clarification.

15 novembre 2011

L'AXE DOHA-ANKARA-WASHINGTON ET LE NOUVEAU "GRAND JEU"

Cela peut paraître paradoxal, mais l'avenir de la démocratie en Tunisie, dépend de la résistance de la Syrie et de l'Algérie à leur "libyisation".

Dans "Tunisie, une révolution"?, rédigé dans la foulée des événements de janvier dernier qui ont vu la fuite du général Ben Ali vers l'Arabie saoudite, l'article sur ce blog se concluait sur une interrogation. Elle laissait planer la crainte d'une re-colonisation de la Tunisie, atténuée par l'idée qu'on n'était plus à la fin du XIXe siècle et que la Turquie n'était plus un "homme malade", mais une puissance pleine de vigueur. La suite des événements a révélé que la Turquie a changé de camp. Elle a traversé le miroir pour se placer du côté des prédateurs et regarder le "Grand Moyen Orient" comme le nouvel "homme malade" de ce début du XXIème siècle, une proie à dépecer à l'heure où se décide une nouvelle répartition internationale des rapports des puissances mondiales : un nouveau "Grand jeu".

Quels en sont les acteurs régionaux ?

1- ANKARA
La Turquie a été sauvée de son ultime dépeçage par Kamel Ataturk dans un contexte international qui avait vu la Grande Bretagne et la France — qui avaient expulsé les Ottomans du Proche Orient—,  sortir exsangues de la Première guerre mondiale, les griffes et les crocs usés.
À l'issue de la Seconde guerre mondiale, la Turquie a su se placer dans le camp des vainqueurs, —les Etats-Unis—, qui se sont substitués à la Grande Bretagne et à la France au Machrek et au Maghreb en chevauchant intelligemment les mouvements de libération et en soutenant les nouveaux Etats pourvu qu'ils fussent anticommunistes.
La Guerre froide a vu la Turquie s'ériger en bastion des Etats-Unis et de l'OTAN pour barrer l'accès de l'Union soviétique aux mers chaudes. Ce rôle lui permît de connaître un rapide développement économique selon les paramètres et sous l'égide de la Banque mondiale et du FMI. Elle devint une puissance moyenne qui compte et qui pèse dans la reconfiguration du monde d'après la chute du Mur de Berlin. Son ambition, développée dans le concept de "néo-ottomanisme", est de se redéployer dans le tissu des Etats turcophones —libérés désormais de l'étreinte soviétique—, et dans son ancien empire dont il ne reste plus, —à présent que le sort des Etats balkanique se règle en Europe— que la partie arabe. L'opportunité lui a été donnée, encore une fois, par le contexte international. Rejetée par l'Europe qui aspire à se reconfigurer sur le socle chrétien-blanc, la Turquie a été repêchée par l'alliée états-unien.
Très mal en point, depuis leurs guerres désastreuses contre le "terrorisme", malmenés en Asie centrale —Afghanistan et Pakistan— autant qu'en Irak, les USA cherchent en effet le moyen de reprendre du terrain en utilisant la puissance "soft". Renouant avec une politique qui leur avait réussi à l'époque des mouvements anticoloniaux, ils veulent se placer du côté des peuples et utiliser leurs justes aspirations au développement et à la dignité comme un moyen de repositionnement  dans un cours historique plus raisonnable. Mais comment le faire sans mécontenter les alliés saoudien et israélien qui ont été jusqu'à présent les principaux leviers de la stratégie zunienne au Proche-Orient ? C'est la qu'intervient Ankara, idéalement positionnée en tant que puissance sunnite, et du camp occidental, contre laquelle ni Ryad, ni Tel-Aviv, ne peuvent rien. C'est ainsi qu'on a vu Ankara prendre à rebrousse poil les intérêts israéliens en défendant les Palestiniens de Gaza, en soutenant le "printemps arabe" au point de pousser l'Arabie saoudite à chercher un rapprochement avec l'Egypte, également mécontente, comme le montre la timide proposition faite au Caire de rejoindre le Conseil de Coopération du Golfe (CCG) comme l'ont fait le Maroc et la Jordanie!
Mais Qatar fait partie du CCG dira-t-on. Comment expliquer son rôle?

2- DOHA
Tous les observateurs connaissent le rôle joué par le petit émirat avec sa télévision satellitaire "Al-Jazeera"— et son prédicateur  d'origine égyptienne, Al-Qaradawi—, dans l'encadrement et l'évolution d'une opinion inter-arabe. Cette télévision est devenue le poil à gratter de tous les régimes arabes autres que le qatari,  dont la force reposait sur le contrôle strict de l'information qui était la condition sine qua non de l'existence d'une "opinion officielle", donc d'un pouvoir local. C'est ainsi que le petit émirat a préparé le terrain à l'effondrement des régimes tunisien et égyptien, en sapant la base de leur pouvoir qui reposait sur le contrôle de l'information. Pour s'en convaincre, il suffit de consulter les sommes (qui s'élèvent à des milliards) consacrées par le régime de Ben Ali à l'ATCE (Agence tunisienne de communication extérieure) et les listes des bénéficiaires, désormais rendues publiques. Mais, comme cela ne suffisait pas pour faire tomber le régime de Kadhafi, "Al-Jazeera" a sorti les grands moyens hollywoodiens que l'on sait et versé dans une propagande d'autant plus écœurante que ses meilleurs cadres ont démissionné.
Mais pourquoi Doha?
Son insignifiance même explique l'importance de cette entité négligeable.
Cet émirat n'a pas versé une goutte de sang pour son "indépendance". Sa richesse repose entièrement sur les royalties que lui sont consenties par les puissances qui exploitent son pétrole et son gaz. Il n'a jamais rien édifié de ses mains, comptant pour cela sur la main-d'œuvre immigrée et le génie occidental. Cet Etat n'a pas de peuple ni aucun levier de puissance. Il se ramène à une famille qui cherche une légitimité en aspirant à un destin arabe et islamique. C'est au point d'entendre des propos ahurissants du ministre qatari des Affaires étrangères adressés à son homologue algérien. Ce dernier qui voulait atténuer les sanctions de la Ligue arabe contre Damas s'était entendu dire par le représentant du Qatar : «Arrêtez de défendre la Syrie parce que votre tour viendra et peut-être que vous aurez besoin de nous» !!
Comment expliquer ce rôle de grenouille qui cherche à être aussi grosse que le bœuf?
La réponse se trouve, comme pour la Turquie, dans la nouvelle "soft policy" états-unienne.

Après avoir surfé sur la vague radicale-islamiste-terroriste, aidé par le co-pilote et financier saoudien, pour prendre pied en Asie centrale, la disputer à l'ours ex-soviétique et y titiller les moustaches du tigre chinois, Washington se voit contraint de trouver un autre co-pilote pétrodollarisé plus compatible avec la démocratie telle qu'on la conçoit sur les rive du Potomac, de la Tamise et de la Seine : une démocratie qui ne fasse pas émerger en terre d'islam de nouveaux Hezbollah ou de nouveaux Hamas tout en éliminant les apprentis-Nasser!

Cette nouvelle politique impulsée par l'Administration Obama gène d'autant plus le royaume saoudien et Israel qu'ils sont préoccupés, pour des raisons différentes mais convergentes, par l'émergence de la puissance iranienne. Or, Doha qui a des rapports avec Téhéran et Tel-Aviv, peut maintenir un canal de discussion avec l'Iran, combattre ouvertement le Hamas, le Hezbollah et ouvrir les hostilités contre la Syrie et l'Algérie après avoir contribué à le recolonisation de la Libye. L'Arabie saoudite ne peut pas s'exposer ainsi sans compromettre gravement son prestige. Toute l'importance du pion qatari —"the puppet" en anglais— repose dans ce rôle de feuille de vigne de l'impérialisme occidental dans sa tentative de reprendre possession de la grande proie arabe si indispensable à l'assouvissement de sa faim lancinante pour les énergies, les finances et les marchés.

C'est à la lumière de ce contexte général qu'il convient d'analyser les déplacements du général Ammar et celui de Béji Caïd Essebsi à Doha, avant les élections tunisiennes, ainsi que le voyage de Ghannouchi entrepris dans la capitale du Qatar  après ces élections et la victoire d'Ennahdha.

Pour qui connaît l'histoire de la région arabe, l'impérialisme, dans sa phase conquérante, fait des promesses qu'il abandonne aussitôt sa conquête terminée. Ainsi la promesse britannique d'un "Grand royaume arabe" qui succéderait à l'Empire ottoman avait-elle été rapidement jetée aux orties. Mais pas le projet Balfour. De même, la France, quand elle était en rivalité avec la Grande Bretagne et l'Italie qui lui disputaient la Tunisie, y avait encouragé les réformes sous Khereddine Pacha. Mais dès que les Britanniques et les Italiens se sont retirés de la course, elle a occupé le pays pour y tarir les réformes à la source.

La Tunisie court aujourd'hui les mêmes risques. Tant que des pays comme la Syrie et l'Algérie, mais aussi l'Egypte à sa manière, résistent à la reconquête du monde arabe dans son ensemble, les puissances occidentales ont besoin de faire briller les ors de la démocratie en Tunisie, et à la soutenir. Mais si jamais ces barrages venaient à s'effondrer, alors bonjour le Qatar, bonjour Monsieur Qaradawi et Courage fuyons!

8 novembre 2011

TOUT REPOSE SUR L'OPPOSITION


Beaucoup, après les premières élections pluralistes en Tunisie, ont accueilli les résultats avec un réflexe de peur pour  l'avenir. Les islamistes d'Ennahdha, vainqueurs du scrutin, ne sont pas porteurs d'idées nouvelles, de propositions créatrices. Ils sont fortement tentés de mettre en cause le Code du Statut personnel. Quand ils veulent rassurer à ce propos, ils prennent pour modèle un régime turc enraciné dans une longue tradition autoritaire, qui utilise la religion et le nationalisme de son peuple pour le brider et  le maintenir dans un carcan conservateur et qui puise en partie son autorité dans son rôle de base avancée de l'OTAN.

Cela dit, telle est la réalité tunisienne —celle du peuple tunisien à un moment donné de son histoire— On ne fait pas baisser la fièvre en cassant le thermomètre en s'en prenant, comme certains le font, au processus électoral lui-même, voire au principe même du pluralisme.
C'est aussi un reflet de la réalité mondiale dominée par l'interventionnisme tous azimuts de l'impérialisme états-unien. Depuis qu'il s'est trouvé sans un rival à sa mesure susceptible de le neutraliser dans ses excès et de lui montrer ses limites. Il a pu  détruire la Yougouslavie, puis l'Irak, puis la Libye, tout comme il a essayé et essaie de détruire le Liban. Il menace à présent la Syrie et l'Iran tout en ayant des yeux de Chimène pour la Turquie et pour … Qatar!
La démocratie sous conditions ou la destruction! Telle est la nouvelle donne. Cette réalité mondiale favorise le retour au religieux et aux valeurs  telles que les a toujours incarnée la Grande Bretagne basées sur les privilèges et les inégalités. Depuis l'alignement de la France sarkozienne (et celui des socialistes français) sur le principe de cette régression, il n'y a plus non plus d'opposition idéologique, même pas en Chine! Les islamistes se coulent d'autant plus aisément dans le moule de l'ultralibéralisme que leurs préoccupations sont morales et leur morale se ramène à un pur formalisme vestimentaire, c'est-à-dire à l'affirmation, dans l'espace et la durée, de l'identité musulmane! Ils pratiquent l'autoségrégation  pour la plus grande satisfaction de leurs alliés occidentaux.

Cela dit, et pour déprimant que soit ce contexte et pour aussi frustrants que soient les résultats des élections tunisiennes,  le fait qu'elles aient pu avoir lieu dans des conditions correctes, est indubitablement une avancée prometteuse à mettre au crédit du peuple tunisien. Pour la première fois dans son histoire la Tunisie se dote  d'une majorité et d'une opposition, de gagnants et de perdants ! C'est ce fait institutionnel nouveau qui compte, par-delà toute considération sur les vainqueurs et les vaincus. C'est lui qui va aider au développement d'une scène politique qui intégrera au lieu d'exclure. Il ne sera plus nécessaire d'être au pouvoir pour affirmer ses vues et ses orientations. Les avis, les propositions et les critiques émanant  de l'opposition seront écoutés et débattus parce qu'ils seront nécessaires à l'opinion pour juger de l'action du gouvernement. Et le gouvernement à son tour ne peut s'affirmer et avancer qu'en étant en mesure de neutraliser —sans tricher — les arguments de ses opposants. À cet égard, la constitution à venir,  qui est quand même l'objet réel de ces élections, devra fixer les règles du jeu qui seront susceptibles d'empêcher les tricheurs de sévir.

C'est d'ores et déjà l'épreuve qui attend  le Congrès pour la République de Moncef Marzouki et Ettakattoul de Mustapha Ben Jaafar, les deux formations qui appellent à ne pas exclure de travailler avec les islamistes.
Le chef d'Ennahdha affirme qu'il n'est pas question de mêler l'islam et la politique. Mais il ajoute dans la foulée que la charia est un fait "sociétal". Ce qui peut laisser entendre que son mouvement, majoritaire dans la société, compte bien retourner progressivement en sa  faveur la partie de la société qui rejette sa vison. Comment protéger cette part vulnérable des Tunisiennes et des Tunisiens  de la ferveur  et du zèle des partisans de l'islam formaliste? Comment pouvoir dénoncer leurs agissements, leurs intimidations, leurs menaces (dont on attend partout les échos) à l'encontre de ceux (et surtout celles) qui ne veulent pas se plier à ce "fait sociétal"? Pour cela, il ne faut pas seulement disposer d'une opposition sérieuse et combative, mais il faudrait aussi pouvoir compter sur des médias réellement indépendants, sur une police et une justice également indépendantes. Les alliés d'Ennahdha sauront-ils l'obtenir? L'opposition progressiste saura-t-elle se montrer à la hauteur des responsabilités qui l'attendent et qui ne sont pas moindre que celles de la majorité sortie des urnes? 

Les réponses qui seront apportées à ces questions, parmi d'autres bien sûr, seront comme autant de touches qui contribueront à brosser le portrait de la Tunisie de demain, qui ne devrait pas, on l'espère, ressembler à celui d'un homme incarnant le despotisme et la terreur,  souriant, la main sur le cœur.