17 décembre 2011

RÉFLEXION SUR LES CAUSES DE L'IMPLOSION DE L'URSS… (FIN 2ÈME PARTIE)


LES ERREURS DE L'UNION SOVIÉTIQUE DANS SA POLITIQUE INTERNATIONALE ET DANS SA CONCEPTION DE LA GÉOPOLITIQUE DANS LE MONDE : ISRAËL ET LE MOYEN-ORIENT

La question d'Israël est fondamentale dans la géopolitique internationale et beaucoup de communistes et de marxistes dans les années quarante n'en voyaient pas l'importance. On pensait le problème israélien en termes idéologiques, de nationalisme, à travers l'optique et les expériences vécues par le mouvement marxiste  européen, et par les juifs en Europe, en Union soviétique, dans l'Empire austro-hongrois et même en Europe occidentale. On analysait le sionisme comme un simple nationalisme juif lié au judaïsme et à certains mouvements intérieurs liés eux-mêmes aux droits des minorités. On critiquait le séparatisme des Juifs, leurs particularismes, on attaquait idéologiquement le sionisme, mais on ne l'analysait pas par rapport à ses implications dans le tiers-monde, particulièrement dans le monde arabe. On l'analysait à partir des relations des Juifs des différents États où se posait la question de l'assimilation, avec ses défenseurs et ses adversaires, dans le cadre d'une lutte idéologique en Europe dont on trouve un écho dans la lutte de Lénine contre le Bund, et de Staline et des marxistes en général contre le sionisme.

En se fondant sur les expériences européennes, et en percevant le sionisme comme quelque chose d'utopique, sans conséquences immédiates, les communistes n'avaient pas vu son aspect concret : l'occupation de terres et la colonisation. Le projet sioniste d'édifier un pays pour les Juifs se posait comme une idée à réaliser ou à ne pas réaliser, juste ou fausse, étant donné que Staline lui-même leur a donné dans les années 30, une terre, le Birobidjan, dans l'extrême Orient soviétique.
La question coloniale contenue dans le projet sioniste n'était pas combattue comme telle. Le sionisme était seulement critiqué en tant que mouvement particulariste qui ne voulait pas aller avec le marxisme, et libérait au contraire les idéologies nationaliste et religieuse… Derrière ces paravents, le sionisme développait pourtant des relations très importantes avec la colonisation.

La bourgeoisie juive d'Europe et le partage du monde

Le projet sioniste est né essentiellement au moment où l'Europe capitaliste commençait à se lancer dans le partage du monde. Le fondateur du sionisme, Theodor Herzl, s'adressant aux Européens dans ses Mémoires, évoque "les avantages que présente un État juif pour les intérêts de l'ensemble de l'Europe" qui, précise-t-il dans son livre L'État juif , "sera un bastion avancé de la civilisation occidentale en face de la barbarie orientale."
Il était clair pour lui que la bourgeoisie juive avait atteint comme beaucoup d'autres, non pas le stade de vouloir vivre dans les pays capitalistes et d'y défendre les minorités juives, mais le stade impérialiste. Le fondateur du sionisme voyait que des terres allaient être partagées entre les puissances impérialistes européennes. Dans ce contexte, sa conception de la "terre promise", en Palestine ou n'importe où, puisqu'il avait commencé par proposer d'établir l'État juif en Ouganda, était une conception impérialiste et de colonisation. C'est ce qu'on ne voyait pas dans les rangs des communistes où l'on discutait du Juif en se posant le problème de son intégration ou de sa non intégration, alors qu'il avait dépassé ce stade avec le sionisme, et avec les possibilités nouvelles de colonisation ouvertes dès 1870 par la conquête du monde entreprise par les bourgeoisies européennes, anglaise et française.

La bourgeoisie juive dans le monde voulait avoir sa part de la colonisation, pour établir un État à elle, destiné à avoir des relations avec les minorités juives des autres pays, elles-mêmes destinées à devenir des minorités nationales de l'État nouveau qui ne pouvait être qu'un État colonial. Mais, du fait que cet État était destiné à devenir un État juif central, il dépassait en gravité la colonisation "classique", puisqu'il visait à coloniser la terre sans la population ; il lui fallait une "terre sans peuple". Cet aspect était négligé, quasi invisible et non analysé par les marxistes européens. Et comme les marxistes des pays du tiers-monde étaient souvent des élèves des marxistes européens, eux-mêmes n'ont pas bien assimilé cet aspect de la lutte anticoloniale contre le sionisme en tant que colonialisme de peuplement supposant de surcroît l'expulsion du peuple colonisé. Cet aspect est absent de toute la littérature marxiste.

Mais un autre aspect explique les erreurs des marxistes concernant cette question primordiale. Dans tous les partis communistes, les minorités opprimées, particulièrement les juifs, ont joué un rôle important, y compris d'ailleurs dans le PCUS où on trouvait beaucoup de juifs à sa direction ; ils y pesaient tout au moins d'un poids important, car ils étaient avec la révolution, pour le changement, toujours à l'avant-garde de ce qui changeait les empires et les régimes d'oppression. C'est un élément important. Mais même les juifs qui, en tant que marxistes, étaient antisionistes et avaient donc une certaine influence sur la façon dont beaucoup de leurs coréligionaires allaient aborder les grandes questions sans bien connaître les réalités du tiers-monde, étaient des juifs européens qui ignoraient le monde oriental. Ils étaient mélangés aux peuples européens, baignaient dans leur culture et vivaient leurs modes de vie.
Pour une bonne partie des juifs d'Europe occidentale, la question coloniale paraissait presque naturelle : les juifs faisaient comme les autres et la colonisation était inscrite dans l'évolution du monde. Beaucoup étaient pour la colonisation.  Les marxistes des pays européens ont mal mesuré l'enjeu du sionisme et mal mesuré aussi les enjeux de l'implantation de l'État d'Israël en Palestine. Ils ne pensaient pas qu’il allait prendre une si grande importance et ils ne voyaient pas l'usage que pouvait faire l'impérialisme de ce mouvement sioniste.

Les juifs dans la politique des puissances et dans la modernité

Or, depuis le XIXe siècle, l'Angleterre surtout, avait vu quel était le poids réel des Juifs dans le monde, leurs capacités, et ce qu'on pouvait faire avec leur mouvement en les mobilisant en faveur de l'hégémonie anglaise. Dès la fin de la Première Guerre mondiale, elle a promis la Palestine au mouvement sioniste (déclaration Balfour), car elle savait que le sionisme pouvait servir dans la guerre contre les Allemands.
Après l'Angleterre, les États-Unis ont compris à leur tour l'importance de ce facteur et ils l'ont manipulé, surtout au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Pour les anciennes puissances coloniales et pour les États-Unis, nouvelle puissance montante, le mouvement sioniste va être un instrument important entre leurs mains et, de leur côté, les marxistes et les gouvernants des pays de l'Est croyaient qu'ils allaient gagner à eux  les juifs de leurs pays respectifs, ainsi que ceux qui étaient dans  les partis communistes en nombre assez important. Ils pensaient qu'ils allaient trouver avec le sionisme une sorte de compromis. Chacun menait son jeu et avait sa propre vision du sionisme. C'est la raison pour laquelle il s'est produit cette chose absolument incroyable : la reconnaissance d'Israël a été d'abord le fait des deux puissances antagoniques, américaine et soviétique, parce que chacune avait son propre investissement dans le nouvel État.

Mais d'où vient cette convergence du libéralisme et du communisme dans une attitude pro-juive dans le monde ?
Elle provient du fait que les juifs, tout en étant en nombre important chez les marxistes et les mouvements progressistes et les révolutionnaires, étaient aussi en nombre non moins important dans les pays capitalistes. On trouvait Trotski à la tête de l'Armée rouge et, dès 1840, le banquier Rothschild, à la tête du capitalisme anglais et français. Les deux aspects représentaient les deux formes du modernisme. Le modernisme bourgeois d'abord, qui fait remonter le monde moderne aux révolutions bourgeoises où les Juifs ont joué un rôle et ont surtout profité des conséquences. Ils ont gagné leur émancipation et sont parvenus, avec le monde capitaliste, à gagner une influence qu'ils n'ont jamais connue dans la période féodale, ou qu'ils n'ont connue que de façon minime, cantonnée au niveau financier, mais jamais au niveau politique.
Ensuite, dans les mouvements marxistes du XIXe siècle, ils ont joué un rôle important, et sont parvenus avec les révolutions prolétariennes à participer à une autre forme de modernité : la modernité socialiste. Juifs libéraux ou juifs socialistes se trouveront toujours inclus dans des formes politiques modernes contre tout ce qui est traditionnel, ce qui est féodal et même bourgeois conservateur. Ils représentent en effet la modernité sous ses deux formes, capitaliste et socialiste qui sont, malgré tout ce qu'on peut dire, la continuité l'une de l'autre; la révolution socialiste n'étant que l'accomplissement ou la poursuite de la révolution bourgeoise.
C'est pour cela qu'Israël a eu cet aspect Janus, consistant à être à la fois un centre impérialiste en liaison avec le capitalisme et, avec les kibboutz, un pays mettant en pratique un socialisme moderne, dépassant même celui des  bolcheviks. 
L'ambiguïté du mouvement sioniste n'a pas été sérieusement perçue par les pays socialistes ni par les mouvements marxistes ni par les communistes. Au lieu de miser sur les mouvements de libération arabe, puisque c'était là que se produisait la gestation anti-impérialiste, les communistes, et Staline en particulier, ont misé sur le mouvement sioniste parce qu'ils pensaient que, dans sa lutte contre les Anglais, c'était un mouvement moderne et beaucoup plus proche d'un pays comme l'U.R.S.S. que ne l'étaient les pays arabes et les notables de Palestine qui étaient, eux,  proches de leurs tribus et de leurs féodaux. C'est là que se trouve l'erreur. Lénine disait qu'il était préférable d'être avec un féodal anti-impérialiste réel qu'avec un travailliste d'origine ouvrière, dans la mesure où ce dernier était l'agent de l'Angleterre.
Cette attitude négative marque toujours le mouvement communiste et progressiste à l'égard de tout ce qui est archaïque, comme les sociétés tribalo-pastorales, et surtout à l'égard de l'Islam.
L'Islam est considéré comme un élément représentant le côté retardataire et rétrograde des Arabes, alors que le judaïsme, parce que les Juifs ont vécu en Europe, est considéré autrement, puisque les juifs peuvent  avoir leurs réactionnaires sans choquer les progressistes européens. Quant au  mouvement sioniste, on a toujours voulu le voir, non comme un mouvement religieux, mais comme un mouvement laïc, dès lors que ceux qui ont pris le pouvoir en Israël, et y étaient majoritaires, étaient les éléments travaillistes venus d'Europe centrale et qui ont vécu la civilisation moderne. Les  juifs arabes à ce moment ne jouaient pas de rôle.
Cette erreur des communistes va peser énormément sur la politique mondiale de l'Union soviétique. Elle a reconnu Israël en 1948 (en étant pour le partage de la Palestine), puis elle a couru rapidement au secours du nouvel État pour ne pas le laisser entre les mains des seuls Anglais. Ensuite, la Tchécoslovaquie a fourni des armes après la trêve, lors de la première guerre Israélo-arabe de 1948, parvenant à remettre militairement les Israéliens en selle.
Tout cela parce que les Soviétiques considéraient, non sans raison, les peuples arabes comme inexistants et voyaient tous les régimes arabes inféodés aux Britanniques. Et, parce que le mouvement national n'avait pas encore réussi à bouter les Anglais ils ne lui reconnaissaient pas de valeur. L'U.R.S.S. a aidé l'État naissant d'Israël parce que les régimes féodaux de Farouk d'Égypte et de Abdallah de Jordanie, (les armées  jordaniennes étaient dirigées par le britannique Glubb Pacha), occupaient le devant de la scène que les peuples n'avaient pas encore investie. C'était une erreur morale, beaucoup plus grave que celle des Occidentaux qui, eux, pouvaient ignorer les peuples pour ne s'intéresser qu'aux régimes.

Pourquoi l'U.R.S.S. a perdu sa mise au Proche-Orient

L'importance des mouvements de libération nationale du monde arabe  se révélera aux Soviétiques avec la révolution de Nasser en 1952, quand celui qu'ils considéraient comme un pro-Américain a chassé les Anglais du canal de Suez. Ensuite, il y a eu le mouvement de libération en Afrique du Nord et le déclenchement, en 1954 de la guerre d'Algérie aura un énorme impact sur les communistes.
Staline avait été pénétré jusqu'au bout de l'idée de pouvoir utiliser le sionisme. Ce qui ne l'a pas empêché de finir son règne sur une attitude anti-juive complètement folle, quand, comme à son habitude dans les années trente, et comme tous les régimes dictatoriaux qui ont toujours besoin de complots pour le maintien de la terreur, il a soi-disant découvert un complot des médecins dont la plupart étaient juifs : le complot dit des "blouses blanches", dirigé contre sa personne et celles d'autres dirigeants. A cette époque il voulait lui-même liquider une partie de la direction, y compris Molotov son  compagnon et, à la même période, aux États-Unis, le maccarthysme battait son plein et les Juifs étaient également dans le collimateur, avec notamment la condamnation des époux Rosenberg.
Staline parti, il y a eu avec Khrouchtchev une ouverture sur les capacités de résistance et de réussite du mouvement national arabe. Nasser a gagné, et les pays comme la Tunisie, le Maroc, l'Algérie étaient en pleine guerre. Les Soviétiques ne pouvaient pas ne pas prendre en compte ces mouvements, surtout quand ils sont parvenus à la tête de l'État. Ce fut le début d'une période d'équivalence entre Israël et les États arabes qui évoluera au profit des Arabes après la collusion d'Israël avec la France et l’Angleterre contre l'Égypte.

Voyant la déroute de l'Angleterre et de la France inscrite dans l'histoire, les Soviétiques se sont placés aux côtés du monde arabe et depuis ce temps-là les Israéliens ont commencé à basculer définitivement dans le camp américain, malgré le fait qu'Eisenhower soit lui aussi prononcé pour l'arrêt de l'agression tripartite contre l'Égypte.

Ainsi s'est trouvée provisoirement tranchée la lutte d'influence américano-soviétique dans la région. Eisenhower a perdu la partie en ne réalisant pas le point 4 de son programme concernant l'insertion de l'Égypte dans la stratégie américaine, et l'Angleterre  a fait perdre avec elle les Américains qui n'arriveront pas à mener à bon port le Pacte de Bagdad…Mais les Américains vont petit à petit se substituer à l'Angleterre au Moyen-Orient et on verra passer graduellement le sionisme vers une alliance avec les États-Unis, après un passage obligé par la France. Parce qu'elle était elle-même en guerre contre les Arabes jusqu'en 1962, la France a continué à aider Israël beaucoup plus que ne l'a fait l'Angleterre qui n'était pas en conflit ouvert et durable avec les Arabes et qui était en train de résoudre de façon pacifique l'évacuation du Yémen.

Il y aura donc une période de collusion France-Israël et États-Unis-Israël qui verra l'Union soviétique commencer à perdre toute influence sur les Israéliens. À partir de ce moment-là les Israéliens ne mettront plus en avant la prétendue expérience socialiste des kibboutz, dont personne ne parlera plus, et la France fournira à Israël la base de sa technologie nucléaire ; ce que ne fera jamais l'Amérique.

L'Union soviétique n'a cependant corrigé ses positions à l'égard de l'Égypte que lorsque Foster Dulles a été assez maladroit pour refuser à Nasser une aide financière et pour exclure toute fourniture d'armes à son pays. Ce qui fera de  l'Union soviétique dès 1956, le fournisseur principal du monde arabe en armes à partir de l'Égypte, tandis qu'Israël sera fournie par la France, puis par les États-Unis.
Les Soviétiques, les communistes et les forces progressistes d'Europe n'ont jamais compris l'importance pour l'impérialisme de l'utilisation du sionisme comme force économique, financière et militaire chargée de juguler tous les efforts du mouvement de libération arabe. La guerre de1967 a marqué à cet égard une date charnière, puisqu'elle a arrêté net la modernisation de l'Égypte et sonné le glas du socialisme arabe.
Cela s'est passé après la chute de Khrouchtchev. Les Soviétiques n'ont pas pris l'offensive comme ils l'avaient fait en 1956, parce qu'ils n'ont jamais voulu, ou cru, qu'il fallait aider les Arabes à imposer leur solution de règlement de la crise. Ils ont toujours hésité à fournir aux Arabes les moyens de le faire alors que les Américains ont toujours eu pour politique la recherche de la prééminence d'Israël sur les Arabes dans tous les domaines et ont pris complètement en charge la réalisation de cet objectif.

L'erreur qui coûtera très cher aux Soviétiques et à tout le monde progressiste, réside dans leur manque de confiance dans la puissance arabe. A leurs yeux Israël est un État moderne auquel on peut faire confiance, même s'il a la bombe atomique, alors que les directions arabes sont imprévisibles et ont derrière elles des populations incontrôlables. Cette vision est commune au camp libéral et aux communistes, mais elle a coûté cher aux communistes parce que, eux jouaient à moitié ; ils voulaient réaliser un équilibre alors  que les autres cherchaient la victoire et visaient la défense de leurs intérêts vitaux.

Les Soviétiques n'ont pas mesuré l'importance de l'échec arabe de 1967. Les Américains, eux, auront l'intelligence de comprendre que le mouvement national arabe était très important et qu'il fallait à nouveau gagner l'Égypte à leur cause pour neutraliser ce mouvement. Les Soviétiques n'ont même pas cherché à aider leurs partenaires à l'intérieur : à la mort de Nasser, ils ont laissé faire le coup d'État de Sadate et ils ont laissé liquider le groupe progressiste de Ali Sabri.

De là date le début de la rupture fondamentale de l'alliance entre le mouvement de libération dans le tiers-monde et l'Union soviétique qui a confirmé  son choix pour l'occidentalisation, aggravant en quelque sorte sa rupture avec la Chine.

Parce que l'U.R.S.S. n'a pas mesuré l'importance du mouvement de libération des pays de l'Orient, la dégringolade politique et militaire que ce mouvement va subir se répercutera sur l'Union soviétique elle-même. Quand elle a commencé à perdre dans la périphérie, quand les mouvements qu'elle soutenait ne gagnaient plus parce qu'elle n'allait pas jusqu'au bout de son soutien, elle a commencé à apparaître aux yeux du tiers-monde comme une puissance qui néglige ses alliés. Sa dernière erreur, celle qui va marquer le début de la fin de l'Union soviétique, sera l'invasion de l'Afghanistan, lorsqu'on verra, avec Brejnev, apparaître le mépris des Soviétiques pour le monde oriental, manifestation de leur incapacité à comprendre ce monde qui a fait chuter les Américains (Vietnam) et qui fera chuter les Soviétiques (Afghanistan). Quand Georges Marchais a parlé de prétendu "droit de cuissage" pour justifier l'invasion soviétique, il a exprimé ce même mépris gorgé d'ignorance.

La responsabilité des communistes dans la montée de l'intégrisme

L'une des conséquences paradoxales de cette attitude est la suivante : quand les mouvements nationaux, laïcs, progressistes, n'ont plus eu le soutien des forces progressistes; quand Nasser est tombé, ce sont les islamistes intégristes qui sont montés sur le devant de la scène ; c'est l'Arabie saoudite qui a pris le contrôle du monde arabe et islamique.
La montée de l'intégrisme a commencé aussi, dans le monde musulman, à partir de là, parce que, par ignorance ou par mépris, les marxistes européens et les communistes n'ont pas misé sur la capacité des peuples à aller vers la modernisation par leurs chemins propres, tout en étant des acteurs avec l'Union soviétique. Comme on n'a pas pensé cela possible, la Chine est rentrée dans une sorte d'intégrisme culturel et, dans le tiers-monde et dans le monde arabe, les forces réactionnaires ont bouché la voie du modernisme, même marxiste. Les couches supérieures ont repris du poil de la bête et se sont appuyées ouvertement sur les États-Unis, ce qu'elles n'osaient pas faire avant. Les bourgeoisies compradores ont effectué partout une spectaculaire remontée. Les mouvements nationaux ont laissé la place à des intégrismes dirigés contre le communisme et contre le capitalisme, parce que prônant le repli.
Le communisme, parce qu'il n'a pas intégré le message de Lénine sur l'importance des peuples de l'Orient, quels que soient leurs défauts, a permis cette remontée du libéralisme et de l'impérialisme. La dernière guerre du Golfe a montré que les Américains ont rallié à eux les principaux États arabes; chose inimaginable dans les années soixante et soixante-dix.

La principale erreur de l'Union soviétique a été de privilégier, à partir d'une lecture particulière de la  pensée marxiste, le modernisme, c'est-à-dire les sociétés modernes, par rapport à celles qui sont arriérées ; les laïcs par rapport aux musulmans; les pays européens par rapport au reste du monde. C'est la raison pour laquelle on assiste actuellement à l'insertion de l'ex-Union soviétique dans une "maison commune" allant de l'Europe de l'Atlantique à l'Oural et que les Soviétiques rejoignent les Américains dans le même modernisme capitaliste. Et c'est pourquoi ce qu'on appelle aujourd'hui le Sud, redevient désormais l'"Orient", avec ses communistes mal vus, (les Chinois), avec ses intégristes religieux ou non religieux, tout aussi mal vus, mais où Israël apparaît, seul, comme le produit de la modernité occidentalo-marxiste, peu importe les termes, puisque tous les deux se rejoignent aujourd'hui.

Désormais, les conflits qui vont surgir et prendront de plus en plus d'importance verront l'opposition des pays d'anciennes civilisations, quelle que soit la forme qu'y prendra la modernisation, avec les pays soi-disant civilisés.
Où placer les juifs ?
Aujourd'hui cette même fracture existe dans le mouvement sioniste, même si on n'en parle pas, et qu'elle est camouflée par l'euphorie de la victoire : elle n'oppose plus le juif marxiste et le juif libéral, le communiste au capitaliste; mais le juif oriental au juif occidental.
Israël n'échappera pas non plus à cette nouvelle démarcation.

À SUIVRE

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