7 septembre 2012

LA DÉMOCRATIE A ENCORE FRAPPÉ

Nous savions que les démocraties occidentales —cinq puissances de l'OTAN : les États-Unis, la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne et la Turquie — ont toutes plus ou moins du sang syrien sur les mains, avec leur implication dans une sale guerre mondiale menée contre la Syrie. La couverture de cette guerre de l'ombre est elle-même une guerre médiatique acharnée qui tire à feux roulants sur le "régime de Bachar al-Assad". Ce dernier "doit partir" disent des César en herbe. Certains affirment même qu'il doit mourir (Laurent Fabius : "Bachar al-Assad ne mérite pas d'être sur terre").
Les voilà maintenant qui décident qu' "il faut faire taire les Syriens" pour que, dans l'espace à vocation démocratique qui s'étend de l'Afrique du Nord jusqu'à la péninsule arabe, les peuples ne puissent plus entendre qu'un seul son de cloche : le nôtre"!

C'est ainsi que le nouveau président égyptien élu, Mohamed Morsi, a donné l'ordre pour que les satellites Nilesat et Arabsat cessent de relayer les télévisions syriennes! Ce dirigeant frère musulman tenu en bride par les milliards de dollars étasuniens et saoudo-quatari — qui ont transformé le pays de Nasser en mendiant —, a commis trois erreurs.

1- Il a été élu sur un programme de "démocratisation" en faveur du "Tu peux toujours causer", et pas du "Ferme ta gueule"! En agissant ainsi, il  perpétue des pratiques dictatoriales et fait en sorte que seule la voix de ses maîtres puisse se faire entendre : Al-Jazeera, Al-Arabiya, France-24 et la BBC.


2- Il a donné un très mauvais signal en faisant renaître le spectre de l'hégémonisme égyptien sur le monde arabe — qui fut combattu en son temps par le premier président tunisien, Habib Bourguiba. Qu'est-ce que c'est, en effet,  que ce pays qui s'arroge le droit de décider à la place de tous les peuples arabes ?

3- Il se conduit exactement comme son prédécesseur. Après les élections démocratiques et transparentes qui ont amené le Hamas palestinien au pouvoir — et qui répondaient à une exigence occidentale—, les Occidentaux, désappointés par le résultat des urnes, ont demandé à Moubarak de participer avec Israël à l'embargo de la bande de Gaza. Et c'est ce qu'il fit. Morsi exécute lui aussi un diktat occidental.

Voila le type de démocratie que souhaitent les Frères musulmans : une démocratie ou "tout doit changer pour que tout reste comme avant", pour reprendre l'expression du héros du "Guépard", expliquant à son neveu la nécessité pour l'aristocratie italienne de s'associer à Garibaldi dans le coup mortel qu'il s'apprêtait à asséner à la monarchie.

Le plus triste dans cette histoire réside dans l'attitude des démocraties occidentales. Autrefois exemplaires en termes de liberté de la presse et de liberté d'expression, les voilà qui s'associent à des crimes contre ces même  libertés, quant elles ne les commanditent pas. Dans la Tunisie de la période coloniale, les si bien nommés "Prépondérants" —le parti des colons— se considéraient comme  seuls aptes à bénéficier des libertés que la France était censée répandre dans son empire.


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