11 octobre 2012

ERDOGAN ET LA POLITIQUE DU CHIEN ENRAGÉ

Israël, disait Moshé Dayan, "doit toujours apparaître comme un chien enragé". La Turquie d'Erdogan et de Davutoglu semble, ces derniers jours, prendre à son compte cette directive en multipliant les provocations contre la Syrie.
La première provocation remonte à l'envoi de deux chasseurs dans l'espace aérien syrien pour survoler, et sans doute espionner, des zones sensibles à proximité de la base navale russe de Tartous. L'un d'eux, (sinon les deux, selon certaines sources), fu(ren)t abattu(s). Ankara a alors nié la violation de l'espace aérien de son voisin, avant de se taire lorsque les Russes lui ont proposé d'examiner les documents qui sont en leur possession. Plus tard, Ankara a prétendu que c'est un missile russe et non pas la DCA syrienne qui a abattu l'avion de chasse, mais a refusé une inspection des débris de l'appareil. Tout récemment encore, Ankara a laissé filtrer des informations selon lesquelles les deux pilotes du F-4 abattu auraient été recueillis vivants par les Syriens qui les auraient ensuite exécutés. Tout cela ternit l'image de la Turquie. Ses deux dirigeants les plus en vue, le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères œuvraient, il y a deux ans à peine, à la réalisation d'une politique "zéro problème" avec les voisins . Les voilà avec beaucoup de problèmes avec tous leurs voisins : la Grèce et Chypre bien sûr, la Syrie et la Russie, mais aussi l'Arménie que la Turquie veut empêcher d'utiliser son aéroport de Stépanakert avant le réglement du conflit du Haut Karabagh qui est installé pour durer.
Les seuls voisins qui restent à Ankara, sont problématiques. La Turquie a en effet la particularité de faire partie de l'OTAN sans appartenir à l'Union européenne, dont tous les membres font partie de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord sous direction étasunienne. Ce statut boiteux l'empêche  de  jouer  le grand écart entre Occident et Orient. Sa politique antisyrienne a fait de la Turquie un instrument aux mains de l'OTAN qui, faute de pouvoir agresser directement la Syrie, utilise la Turquie dans ce but. Parce que la Turquie n'est pas membre de l'Union européenne, l'OTAN n'est qu'à moitié engagé à ses côtés. Il  promet seulement de la "défendre", mais non pas de s'engager dans une guerre à ses côtés. C'est ainsi que la Turquie permet le transit des flots de djihadistes internationaux et d'agents des services secrets, abrite des  camps d'entrainement, sert de  base arrière et de repli aux djihadistes, et achemine en Syrie le plus gros de l'armement destiné aux mercenaires financés par le Qatar et l'Arabie saoudite.
En d'autres termes, Erdogan est comme un tisonnier que l'OTAN utilise pour activer les braises du conflit syrien, pour  le maintenir allumé, sans le laisser dégénérer en incendie régional ou en guerre mondiale.
C'est dans ce contexte que la Turquie a  réchauffé le front terrestre en montant une nouvelle provocation lui permettant de menacer la Syrie d'une escalade, voire d'une guerre larvée aux frontières. Le but est toujours le même :  créer une zone tampon aux frontières, un territoire "libéré" qui sera confié à un "gouvernement provisoire syrien" que les Occidentaux reconnaîtront comme le "représentant légitime du peuple syrien" et qui pourrait ensuite les appeler à son aide.

Un tir d'obus provenant du territoire syrien a touché une localité en territoire turc, faisant des morts et des blessés civils. Mais dans la zone de provenance du tir il y a des troupes syriennes et des djihadistes venant, justement, de Turquie. Qui peut assurer de l'identité de la partie qui a tiré? Damas a déploré l'incident et a appelé Ankara à monter une commission d'enquête commune. Mais Erdogan, qui a coupé tous les canaux de communication avec les autorités de Damas refuse. Moscou a aussi demandé une enquête au Conseil de sécurité de l'ONU, mais sans résultat. L'accusateur est libre d'accuser et l'accusé n'est pas autorisé à protester de son innocence!
La position de la Russie  —le veto répété contre une intervention extérieure en Syrie— fait enrager les Occidentaux et écumer Erdogan. Son dernier coup d'éclat le mène aux dernières extrémités. Le détournement d'un avion de ligne effectuant le parcours Moscou-Damas pour un motif qu'Ankara, là encore, est  incapable de prouver —la présence d'une cargaison suspecte!— est un acte de piraterie injustifiable! Si injustifiable que les autorités turques ont fait pression sur les passagers  pour leur faire signer un document attestant que l'avion avait fait un atterrissage d'urgence, et qu'elles ont violenté les membres de l'équipage qui ont refusé de le signer. Voilà dans quelles conditions  la Turquie est conduite à provoquer  la Russie pour le compte de l'OTAN. Est-ce donc cela le "modèle" qu'Erdogan veut diffuser dans les pays du soi-disant "printemps arabe"?
La politique du "zéro problème" et la brève embellie avec les voisins qu'elle avait permise; la politique autonome, et les horizons prometteurs qu'elle ouvrait, laissent la place aux provocations et aux rodomontades d'une direction politique turque qui a perdu toute indépendance.

 Le détournement de l'avion de ligne syrien est l'occasion d'apprendre que c'est une femme, Mme Ghida Abellatif qui dirige la Société arabe syrienne d'aviation.

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