30 décembre 2012

SEULE LA SYRIE…


 "La Turquie, c'est fini!" (suite et fin)

 

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La tragédie syrienne est un formidable révélateur.

La perte de sa souveraineté par la Turquie met sur la touche un acteur majeur au Proche-Orient. Son alignement sur Israël permettra à l'État sioniste de concrétiser son rêve d'intégrer officieusement ou officiellement  l'Alliance atlantique. Quand ce rêve se concrétisera, les Palestiniens connaîtront les traits véritables de leur occupant, celui de Alliance atlantique qui regroupe en son sein tous les pays d'où proviennent la majorité des colons sionistes. Aux pays de la région, et notamment à la Syrie-Liban et à l'Égypte, la Turquie se révélera comme la puissance négative qui, d'un bout à l'autre de leur histoire, aura retardé leur émergence à la modernité.

Pour se convaincre de ce rôle négatif, il suffit de voir comment la Turquie est devenue un déversoir de hordes fanatiques de pillards et de criminels lâchés contre le malheureux peuple syrien. Ceux qui ont encore le toupet ou la naïveté de les considérer comme des "révolutionnaires" doivent prendre une crise d'épilepsie pour une démonstration d'art martial!

Cette Turquie, devenue la dague de l'OTAN plantée dans la chair syrienne se présente dans le même élan comme  la vitrine d'un "islam modéré" ou "Canada dry" au goût du nouvel Empire atlantique. Avec les Occidentaux elle pousse le machiavélisme jusqu'à dresser contre un gouvernement syrien élu, et contre ses alliés russes et chinois,  une opposition de petits tambours gonflés de prétention, remontés par les puissances coloniales, et carburant au gaz qatari.

On veut aussi ignorer de cette façon une opposition intérieure qui a l'inconvénient d'exister, d'être nationale, (en refusant l'invasion et le démembrement de sa patrie), et d'être politique, en tournant le dos aux solutions militaires qui ne sont bonnes pour personne.

Placée devant le fait accompli de l'érection d'une province kurde autonome en Irak, la direction d'Ankara a  ravalé sa fierté pour composer avec cette nouvelle entité en la traitant comme un État à part entière. Ce faisant, elle espère probablement arrêter les frontières du Kurdistan dans les limites de la province irakienne, alors que le gros de la population kurde se trouve en Turquie. Cette précipitation déstabilise l'État fédéral irakien et y catalyse les tendances séparatistes qui ne manqueront pas de revenir en Turquie par effet boomerang via une insurrection sunnite. Désormais déclarée en Irak, cette insurrection devrait, si jamais elle se développait, gagner la Syrie pour y renforcer la rébellion  sunnite qui déboucherait sur l'érection d'un grand État sunnite du désert, lequel entraînerait fatalement  l'unification du Kurdistan tant redoutée par Ankara.


Ce grand État kurde est trop bien bien  adapté aux desseins des États-Unis dont le rêve est d' assurer une présence sûre et durable aux marches de l'Asie, après leurs déboires afghans. La réunion des Kurdes sous protection étasunienne et israélienne leur sera d'autant plus profitable qu'elle pourra valoir aux Occidentaux la gratitude et la sympathie des minorités kurdes dispersées en Géorgie, Azerbaïdjan, Arménie, Liban, Iran et même en Israël! L'État kurde répond aussi, faut-il le rappeler, aux anticipations européennes du traité de Sèvres qui prévoyait sa création dès 1920 et qui est à la base de l'émergence du nationalisme kurde.

Les citoyens turcs vraiment désireux d'empêcher l'amputation de leur pays et sa balkanisation devraient, pour paraphraser Serguei Lavrov, n'avoir pas de désir plus cher que celui de voir la Syrie résister victorieusement aux menées de l'OTAN, et prier pour que la Russie et la Chine restent campées sur leurs positions car, de l'avenir de la Syrie dépend aussi celui de la Fédération russe, de la paix en Asie et sans doute aussi dans le monde.

Seule la Syrie pourra arrêter les effets ravageurs du séisme déclenché par l'invasion de l'Irak il y a bientôt dix ans. De la Syrie seule pourra s'enclencher un mouvement vertueux de renouvellement du monde arabe par des voies non-violentes. Ce sont des vœux que peuvent formuler en cette fin d'année les femmes et hommes de bonne volonté des cinq continents, pour que, des affres des crises multiformes qui minent notre époque, il puisse rester une chance pour la gestation d'un avenir meilleur.

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