8 janvier 2013

L'OCCIDENT, DU "DÉNI DE RÉALITÉ" À L'"AU-DELÀ DE L' HYPOCRISIE".

Dimanche dernier, le président syrien Bachar al-Assad a prononcé un important discours centré autour d'une évidence qu'aucune personne de bon sens ne peut récuser : les opposants de l'extérieur soutenus par les puissances étrangères n'ont aucune légitimité. Ce sont des marionnettes et on ne discute pas avec des marionnettes, mais avec leurs maîtres :
" Voulez-vous que nous dialoguions avec des marionnettes de l’Occident, qui les a fabriquées et écrit leurs discours ? Il vaut mieux discuter avec l’original, pas avec des gens qui jouent un rôle sur les planches de la scène internationale " .

Il a dit aussi que la Syrie fait face à une guerre internationale qui menace sa sécurité et son unité. Qui  peut le nier ?

Ces deux réalités, le peuple syrien en ressent tous les jours les conséquences dans sa chair. Les responsables sont connus : les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne, d'un côté; l'Arabie saoudite, la Turquie et Qatar de l'autre. Les premiers arment, équipent, encadrent, supervisent les bandes armées; les autres financent, endoctrinent et recrutent les mercenaires. Les premiers et les seconds mènent de concert une guerre médiatique et psychologique ininterrompue qui passe sous silence l'opposition résolue de la Russie, de la Chine et de l'Iran à une campagne de banditisme international visant à faire tomber un pouvoir légitime et à déstabiliser un peuple souverain.

Voilà pourquoi il est intéressant de s'arrêter sur les réactions au discours du président syrien, telles qu'elles sont exprimées par les représentants de Washington, Paris et Londres.

Les positions officielles de Washington et de Paris sont quasiment similaires. Elles rivalisent dans la rhétorique creuse et utilisent le mot "peuple" à l'emporte-pièces, à la manière des "djihadistes" sévissant en Syrie.

Pour la porte-parole du Département d'État américain Victoria Nuland , "Le discours prononcé dimanche par Bachar el-Assad est une nouvelle tentative du régime pour s'accrocher au pouvoir (…). Son initiative est déconnectée de la réalité." Elle ajoute par ailleurs  à l'intention d'un journal qu'elle ne croit pas " que quelqu'un coupable de crimes contre son propre peuple puisse être considéré comme étant rationnel au sens humain du terme".  Ce qui ne manque pas de sel, émanant de la représentante d'une puissance qui été
rationnelle au sens bestial du terme,  d'Hiroshima jusqu'à Falloujah en passant par Hanoï. Et cela sent le même venin que celui craché par Monsieur Laurent Fabius pour qui Assad  "ne mérite pas d'être sur terre".
Le ministre français des Affaires étrangères, s'exprimant sur Twitter, (à noter le procédé) ajoute cette fois-ci : "On savait que Bachar était l'assassin de son peuple, on constate en écoutant son discours lamentable qu'il est en plus sourd et aveugle".
Après ces amabilités, la position officielle du Quai-d'Orsay, c'est-à-dire le ministère du même Fabius, se borne à coller à la position étasunienne : "Les propos de Bachar el-Assad illustrent à nouveau le déni de réalité dans lequel il s'est muré pour justifier la répression du peuple syrien ".

Plus prudente, la Chancelière Angela Merkel a trouvé un nouvel élément de langage pour exprimer cette idée de "déni de réalité" : le discours du président Assad ne révèle  à ses yeux "aucune nouvelle prise de conscience".  Berlin, non seulement se garde de  déshumaniser Bachar al-Assad, comme le fait Washington et Paris, mais lui reconnaît une conscience.

Le double véto russe et chinois au Conseil de sécurité de l'ONU, maintenu malgré l'acharnement mis à le lever par Washington, Paris et Londres, explique pourquoi la tragédie que vit le peuple syrien est appelée "crise syrienne". Il faut  la comprendre, en effet, comme la crise de Washington, Paris et Londres à propos de la Syrie; un pays souverain que les trois capitales voulaient détruire à l'image de la Libye. Leur échec maintient les trois capitales au bord de la crise de nerfs, tant que leurs désirs destructeurs ne sont pas assouvis. Parmi  les manifestations d'hystérie qui ont suivi le double véto de la Russie et de la Chine, on se souvient de la déclaration de Gérard Longuet, alors ministre français de la Défense : "il y a des cultures politiques qui méritent des coups de pieds au cul". Mais comment passer à l'acte ?
Conscients de leur impuissance, les trois puissances du commandement unifié de l'OTAN, ont sous-traité la guerre contre la Syrie via le régime islamiste d'Erdogan et  le grand émir démocrate du Qatar qui ont fait le nécessaire pour lâcher des chiens de guerre par dizaines de milliers contre la population syrienne. Pour quel résultat?

L'intervention du président Bachar al-Assad de dimanche dernier fournit la réponse.

Celui dont on pronostiquait, de Washington à Paris et d'Ankara au Caire, la chute imminente est toujours là, en civil, s'exprimant civilement, calme et assuré. Cette image, on le comprend, est parfaitement insoutenable pour des "rebelles" au bandeau noir ceint autour du front et pour leurs soutiens Occidentaux. C'est l'image polie du dernier président laïc en exercice au Proche-Orient! Assurément, cette réalité ne doit pas être la bonne. Elle ne correspond pas au nouveau Moyen-Orient : elle est un "déni de réalité". Mais comment la changer quand on n'y arrive pas ?
On dit qu'elle n'est pas la bonne.
Le reste, c'est de la politique, c'est-à-dire la réalité telle qu'elle est :

1/ Le trio à la tête de l'OTAN ne peut pas avoir une autre attitude que celle d'accuser le président syrien de "déni de réalité". Prendre en compte sa démarche, même pour la critiquer, signifierait le reconnaitre comme un acteur incontournable dans toute solution. Comment l'Occident pourrait-il le faire, publiquement tout au moins, sans se déjuger et sans, surtout, décourager les hordes armées lâchées contre le peuple syrien, et sans faire paniquer les régimes qui dépendent tellement de lui, qu'ils ne manqueraient pas de tomber si Assad devait ne pas tomber ?  Cruel dilemme. Et que dire de l'opposition-Baudruche que l'on a fait se pavaner de Tunis  à Paris, d'Istanbul à Doha et à Rabat ?

2/ Pour ne pas se déjuger et pour calmer les peurs de leurs alliés féodaux arabes et des émules de Pétain dans l'opposition "démocratique", le trio de l'OTAN devrait passer à l'acte comme en Libye en attaquant lui-même la Syrie, quitte à contourner la Charte de l'ONU. Il a esquissé un pas dans cette direction quand il a agité l'épouvantail d'un usage imminent par l'armée syrienne de l'arme chimique, en ajoutant qu'il y avait un risque que l'"arsenal chimique" tombe entre de mauvaises mains, ce qui nuirait à la sacro-sainte sécurité d'Israël. Mais les gesticulations de Washington, Paris et Londres n'ont pas eu d'effets, car des mensonges semblables brandis pour justifier l'agression contre l'Irak, sont encore dans les mémoires. De plus, la diplomatie russe a rangé ces assertions dans la rubrique des "rumeurs infondées".
La deuxième tentation de l'OTAN de recourir directement à la force a été marquée par la décision d'installer les Patriot en Turquie. En réponse, la Russie a doté la Syrie de missiles Iskander, beaucoup plus redoutables, sans doute servis par du personnel russe,  et elle a dépêché une flotte de guerre le long des côtes syriennes. Ce qui fait que, tandis que l'armée syrienne met patiemment et méthodiquement  en échec les hordes déversées à l'intérieur de son territoire, la Russie montre sa détermination à la protéger de toute agression extérieure.

3/ Un petit pays comme la Syrie, attaqué de toutes parts depuis plus de vingt mois par une coalition qui a juré sa perte, ne peut pas résister à ce point, quand il est, en plus,  l'objet d'un embargo sévère qui touche son économie et ses besoins vitaux, et pendant que ses infrastructures sont sabotées systématiquement : centrales électriques, réserves de grains, moulins, usines, fours à pain, canalisations, etc. Cela ne peut signifier qu'une chose : derrière le président syrien, il y a un peuple qui résiste et qui endure tous les sacrifices, et ce peuple a des amis qui le dotent d'une profondeur stratégique considérable englobant le Liban, l'Irak et l'Iran, sans compter la Russie.

Voilà au moins trois dénis de réalité dont se rendent coupables les capitales de l'OTAN. Mais la palme revient au représentant de la diplomatie britannique, M. William Hague, qui a trouvé que le discours du président syrien va "au-delà de l'hypocrisie". En matière d'hypocrisie, la diplomatie britannique en connaît un rayon, comme toute son histoire en témoigne sur les cinq continents; ce qui a valu à l'Angleterre d'être appelée la "perfide Albion" par la France, sa meilleure ennemie. Mais ce commentaire doit être pris pour ce qu'il est en réalité. Émanant d'un grand maître, il signifie tout simplement ceci : "Bachar al-Assad fait plus fort que nous; il va au-delà de notre hypocrisie"

Car, dans cette affaire, l'hypocrisie suprême de l'Occident consiste à prétendre se battre pour la cause de la démocratie, alors que c'est tout le contraire qu'il cherche. Comment pourrait-il agresser, dicter sa loi, piller un monde qui serait démocratique? Il trouverait forcément face à lui des peuples libres prêt à lui barrer la route. Il faut être vraiment naïf, comme le sont beaucoup d'opposants dans les pays du Sud, pour croire à cette fable. La démocratie est un combat. Et lorsqu'on mène ce combat, qui trouve-t-on pour le mettre en échec : des potentats soutenus par l'Occident, partout, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie.

La deuxième grande hypocrisie qui va "au-delà de l'hypocrisie", consiste à prétendre vouloir une "révolution arabe" devant amener  des islamistes au pouvoir, c'est-à-dire les ennemis jurés de l'Occident. D'un côté en les met en selle, de l'autre on les met en joue, et l'on se dote, surtout, d'un ennemi idéal permettant aux Européens de faire passer leurs divisions internes au second plan, comme le fait exactement l'État d'Israël qui s'ingénie à monter les Palestiniens contre lui tout en n'ayant que le mot "paix" à la bouche!
Il n'est pas question de soutenir les démocrates et les gens d'ouverture dans cette région du monde, car cela aboutirait à favoriser l'émergence de partenaires qui demanderaient à être traités équitablement et avec le respect qui leur est du.
Et les Occidentaux se retrouveraient sans ennemis.

Derrière le président syrien souffle l'esprit des peuples qui ont hissé à leur tête le docteur Mossadegh et le colonel Nasser; des peuples qui voulaient entrer dans le monde moderne la tête haute, et dont l'élan se brisa sur la… réalité de l'Occident.



3 commentaires:

Georges Stanechy a dit…

Cher Hédi,

En termes de "perfidie", la France soutient la comparaison avec la Grande-Bretagne… Le tandem Hollande-Fabius, dans la ligne de Sarkozy, rivalisant de zèle avec Cameron-Hague.

Ce condominium prédateur, avec les autres membres de l’OTAN, rappelle celui mis en place au XIX° siècle par les « grandes puissances » de l’époque (l’Autriche-Hongrie faisait partie de la bande) pour occuper la Chine, du moins se répartir ses principales zones côtières avec leurs ports, et la piller.

Un siècle épouvantable pour la Chine (1840-1940), totalement occulté de nos manuels scolaires et références historiques. Sur fond de chaos et guerres civiles, sciemment organisés par l’Occident. On peut, contexte historique et géographique à part, trouver de nombreuses similitudes avec ce qui se passe depuis 1920 au Moyen-Orient, jusqu’au Pakistan…

En Chine, l’Occident soutenait des généraux-dictateurs, autocrates ou roitelets (certains ont essayé de se proclamer « empereur ») des provinces où ils étaient installés. S’opposant ou s’alliant les uns aux autres, financés, armés, dans l’application du principe « diviser pour régner », en fonction des intérêts occidentaux. Dans la corruption et le cynisme absolus. Des ravages et des millions de morts.

Soutenant à fond, après la deuxième guerre mondiale, Tchang Kai-chek contre les communistes en train de réaliser l’union du pays. Et, sa renaissance ultérieure. En 1949, la Grande-Bretagne envoyait même des frégates sur le fleuve Yangtsé pour le soutenir. Il a fallu que, les batteries côtières communistes, nullement impressionnées, en transforment une en passoire (HMS Amethyst, cf. documentaire : 19°mn) pour que les britanniques se calment… Après la victoire des communistes, ce fut la mise sous total embargo de la Chine et le refus des « grandes puissances » (hormis l’URSS) de reconnaître le pays… Taïwan, longtemps, fit ainsi office de Chine à l’ONU !

Comme en Chine qu’il ne pouvait occuper en totalité, l’Occident fera tout pour créer et entretenir le chaos, la guerre civile, au Moyen-Orient et au-delà dans le monde musulman (Afghanistan et Pakistan, notamment). L’essentiel étant de s’approprier les ressources de la région pour se construire un quasi-monopole de l’énergie (pétrole, gaz, uranium). D’entraver, évidemment, l’édification d’une union ou d’une fédération entre pays, du Maghreb au Pakistan, constituant une puissance économique, militaire et culturelle en mesure de rivaliser avec les pays de l’OTAN.

Le soutien aux pétromonarchies corrompues rappelle celui aux généralissimes de l’avant Mao. Comme ces pantins d’alors, elles n’ont aucune réalité géopolitique, si ce n’est le support artificiel, et conjoncturel, de l’Occident. L’impressionnante résistance de la Syrie, avec celle de la Palestine, du Liban et de l’Iran, préfigure la trajectoire qu’a connue la Chine : l’inéluctable indépendance économique et politique de la région.

Malgré la diabolique et criminelle "perfidie" de l’agression occidentale.

Amitiés

Hédi Dhoukar a dit…

Cher Georges,
Tous les événements historiques dont on est les témoins, découlent de ceux auxquels vous faites allusion et qui remontent à la première guerre de l’opium (1838-1842) contre la Chine, marqués par le forfait sans nom que fut le sac du Palais d’été perpétré par les « brigands » franco-britanniques, pour reprendre le terme de Victor Hugo. C’est vrai, qu’en la matière, la France a été la pionnière, dès 1930, avec sa prise d’Alger et le sac du trésor du dey d’Alger évalué à quatre milliards d’euros.
Ce qui est intéressant (si j’ose dire), et nous confronte avec l’hypocrisie des puissances coloniales, c’est le jugement porté sur l’un et l’autre forfait par un parangon de la vertu occidentale, le chantre le plus adulé de la démocratie, Alexis de Tocqueville, cité par le philosophe italien Domenico Losurdo.
Sur la curée occidentale en Chine, il dit :
« C’est un grand événement, surtout si l’on songe qu’il n’est que la suite, le dernier terme d’une multitude d’événements de même nature qui tous poussent graduellement la race européenne hors de chez elle et soumettent successivement à son empire ou à son influence toutes les autres races […] ; c’est l’asservissement de quatre parties du monde par la cinquième. Ne médisons pas de notre siècle et de nous-mêmes ; les hommes sont petits mais les événements sont grands ».
Et sur l’Algérie razziée par les troupes coloniales il appelle à :
« détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de population, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd-el-Kader », c'est-à-dire dans tout le pays. Vous imaginez la monstruosité que cela suppose.
Vous devez savoir aussi que la razzia de l’OTAN sur la Libye a rapporté plus de 200 milliards de dollars en avoirs libyens « gelés », sans parler du pétrole et de tout le reste, avec la complicité de desperados libyens du cru.
Seulement voilà. On ne peut pas empêcher le soleil de se lever à l’Est. Après son éclipse, l’astre chinois embrase désormais l’horizon, porteur, j’en suis persuadé, d’un avenir meilleur pour l’humanité, car c’est un pays de grande sagesse. Je donnerais volontiers aux fauteurs de guerres à méditer ceci : « la rétribution des bonnes et des mauvaises actions survient aussi sûrement que l’ombre suit le corps » (Taishang ganyingpian – XIIIe siècle).
La résistance de la Syrie est effectivement impressionnante comme vous dites car elle puise dans les profondeurs d'un peuple qui, comme l'a si bien dit son président, sait que l'histoire "ne s'achète pas".
Avec mon amitié

Georges Stanechy a dit…

Cher Hédi,

Je me permets de revenir sur mon commentaire où un “bug” se télescopant avec une “coquille” rend une petite annotation, que j’y avais glissée, incompréhensible pour les amateurs d’histoire.

Le lien qui ne fonctionne pas renvoyait à un documentaire chinois,sous-titré en anglais, évoquant la neutralisation par les troupes communistes de la frégate britannique HMS Amethyst, sur le fleuve Yangtsé, lors de la campagne dite de Huaihai, ou bataille de Hsupeng, (http://en.wikipedia.org/wiki/Huaihai_Campaign).

Nous sommes en 1949. A un tournant décisif de la guerre civile chinoise où les meilleures troupes (550.000 hommes avec une puissante aviation) du Kuomintang de Tchang Kaï-chek, financées, armées, équipées, entrainées, par les occidentaux, sont anéanties lors d’une campagne remarquable de stratégie et de tactique, de courage et d’héroïsme aussi. Le généralissime, avec les débris de son état-major et de ses troupes, se réfugia, sous la protection de ses maîtres, à Taïwan…

Ce documentaire (http://www.youtube.com/watch?v=jOMs3tPOp90), contenant des témoignages d'anciens combattants, montre des extraits d’archives de cet incident (à la 19° minute du documentaire) qui marquait la détermination et le courage de la nation chinoise, en cours de renaissance, face aux anciennes puissances coloniales.

La roue tourne… Une nation au riche passé historique parvient toujours à transcender ses apparentes faiblesses lorsqu’elle est confrontée à l’agression extérieure motivée par la seule volonté prédatrice, architecturée sur des collabos corrompus. Quel que soit le niveau de diabolisation et d’argent mis “sur la table”…

C’est pourquoi la nomenklatura de l’Occident se cassera les dents sur la Syrie, et les bras en Iran…

Amitiés