29 janvier 2013

SYRIE : UN POÈTE MET LES POINTS SUR LES "I"



 Ali Ahmad Saïd Esber, né le 1er janvier 1930 à Qassabine sur la côte syrienne, connu  sous son nom de plume, Adonis, le dieu cananéen et phénicien de la renaissance annuelle, n’a jamais été tendre avec l’ordre arabe en général ni complaisant à l’égard de ses régimes qui se valent à peu près tous sur tous les points, sauf celui de leur résistance réelle à Israël. Adonis a donc participé dimanche dernier à Genève au congrès de l’opposition syrienne pour  " Une Syrie démocratique et une société civile", le jour même où se réunissaient à Paris les « Amis » des terroristes du peuple syrien, sous l’égide du ministre des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius. Le plus piquant est que l’opposant le plus connu et le plus respecté en Syrie, M. Haytham el-Manna, président du Conseil national de coordination pour le changement démocratique (CNCD), réside à Paris, mais qu’il doit se déplacer à Genève pour rencontrer des militants syriens qui, pas plus que lui, n’ont été corrompus par les cheikhs du pétrole ni ne se sont laissé séduire par le chant des sirènes des partisans des guerres « humanitaires ». À Paris, capitale de la liberté, il n’y avait de place que pour ces derniers. Mais Adonis, l’un des rares grands poètes arabes encore vivants, qui a vécu l’occupation, le démantèlement et la libération de son pays et a assisté aux premières loges à la colonisation de la Palestine et tout ce qui s’en est suivi; Adonis était donc à Genève.
Voilà quelques extraits de son intervention  que l’on cherchera en vain dans les dépêches des agences occidentales de presse :

"Pour réaliser un changement révolutionnaire, il est nécessaire de bâtir un esprit démocratique créateur et moral basé sur le respect véritable de l'autre,  non un respect formel et artificiel. C'est la condition si nous voulons vraiment aller vers un avenir meilleur, si nous voulons rompre avec les aspects négatifs du passé et si nous ne voulons pas remplacer une tyrannie par une autre".

"La crise syrienne s'est muée en un conflit régional et international qui va au-delà de la chute du régime   pour transformer le pays en arène pour le djihad avec la participation d'intégristes en provenance du monde entier".

"Le problème profond en Syrie ne se limite pas au changement du régime et du pouvoir, car la dictature n'est pas simplement une structure politique : elle est fondamentalement une structure culturelle et sociale qui siège dans les têtes avant de siéger sur le trône. Il est indispensable que la révolution, si elle est réelle, associe organiquement à un projet de changement de la nature du pouvoir et de l'institution politique, un projet de changement social, politique, administratif et culturel."

"Œuvrer pour une Syrie démocratique et pour une société civile commence par le rejet radical de la transformation du pays en terrain de compétitions entre les puissances coloniales intervenant au nom de la démocratie et des droits de l'homme, et  par le refus de transformer la Syrie en terrain de Djihad pour tous les intégrismes musulmans."

"Quelle valeur peut avoir une révolution en Syrie ou dans d'autres pays arabes, qui ne se bâtit pas sur la liberté pour l'individu de disposer de son destin et qui accorde une prééminence  politique au texte religieux totalement isolée de la réalité, de la nature, de la vie, de la culture et de l'homme lui-même ?"
——————————————————————————————

 Traduit de l'arabe depuis un article du site  "Sham Press".

Aucun commentaire: