10 février 2013

DEUX ANNÉES DE PRINTEMPS !

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Il y a bientôt deux ans commençait la "révolution" en Syrie dans la foulée d'un "printemps arabe" suspecté d'avoir été déclenché dans le secret des officines néo-conservatrices adeptes du "chaos constructeur". Dans le monde arabe, la puissance du verbe est si décisive qu'il convient de de ne pas négliger sa portée et de s'arrêter devant les textes les plus inspirés. Le passage suivant, extrait d'un long article du syrien Naram Sarjoune, en fait partie.

photo extraite du film d'Ingmar Bergman, La source

”La révolution démente ne me fait plus peur, ni le printemps dispersé en morceaux, car j’ai labouré leur sol avec ma plume et semé dans leur terre le sel de la langue et j’ai arrosé leur terreau mauvais avec du feu et du goudron. J’ai déblayé avec les pelleteuses de l’évidence les gravats révolutionnaires, et brûlé la haine épaisse des « intellectueux » avec des allumettes pour la réduire en cendres.

Comment le printemps pourrait-il maintenant prendre racine dans notre terre ? Et comment les révolutions imbéciles pourraient-elles relever la tête sous le tranchant de la pensée et de la plume ?

Pendant deux ans, les mots se sont fatigués à affronter les mots, mais je ne suis pas fatigué… Deux ans au cours desquels mes mots ont creusé le visage du temps… creusé le visage de la trahison, sans arrêter de planter l’olivier et d’arracher le figuier de barbarie. Les pelles  sont fatiguées, et les pioches, à sans cesse creuser  dans la chasse aux mauvaises pousses, mais non pas mes bras.
Les mots paraissent au bord de l’essoufflement à force de voyager loin de la patrie des dictionnaires, embarqués dans des méditations et des articles qui les obligent toutes les nuits à faire le gué pour veiller sur les cerveaux et sur les nerfs, quand je ne les convoquais pas d'urgence pour effectuer des raids et des opérations de commando… contre la révolution et les révolutionnaires… Les mots hurlent lancés dans des opérations suicides particulières… De certains d’entre eux me reviennent des débris qui me recommandent de continuer. Certains mots s’insurgent parce que je ne leur ai dispensé aucun repos, les privant pendant deux ans  de tout voyage d’agrément sur les rives des grandes encyclopédies pour qu'ils puisent se détendre au milieu des mots en ruine et des colonnes de marbre ;

Comment demander pardon aux mots ?
Pardonnez-moi, ô mots… pardonnez-moi.
Ne m’en voulez pas, ô mots, si je vous embarque à nouveau dans le voyage du refus sur les banderoles de l’insubordination et de la révolte. Pardonnez-moi si je ne laisse pas passer un jour sans étaler ma détestation du printemps arabe et mon mépris pour la basse chambre où il est né, pour la nourrice qui l’a allaité; ma répugnance pour l’eau qu’il a bu et pour le plat dans lequel il a mangé et je n’ai pas peur de dire que je n’aime pas ses cousins, ni ses oncles, comme je n’aime pas ses prières ni ses donations charitables, ni son lieu de culte où vont les pèlerins d’Istanbul et de l’AIPAC , et je n’aime ni sa sœur ni son frère, ni sa mère ni son père.

Tout ce qu’il y a dans ce printemps est suspect et les visages de ceux qui en viennent n’ont pas de contours ni de traits distincts et leurs voix ressemblent à des échos répercutés par de profonds souterrains. Je n’aime pas sa naissance obscure enveloppée de secrets et de dissimulations, ni ses conjurations voilées écrites par l’Union des Ulémas musulmans et leur sultan qui mord.
Les hoquets des libéraux et des amoureux de la démocratie ne me gênent pas quand ils s’étonnent devant ma répulsion pour les gens du printemps et je n’accorde pas le moindre intérêt aux yeux écarquillés devant ma témérité face aux révolutionnaires et je poursuivrai mon chemin sans rien céder en disant dans le secret de ma conscience : il a raison celui qui a dit, « qui voit le faux qu’il le redresse de ses mains ».

Que dire alors à celui qui voit un printemps ?!!Que lui dire alors que ce printemps et une armée de faux ? Y a-t-il même plus faux que ce faux printemps ?

À partir d’aujourd’hui j’irai en disant : «que celui qui voit un printemps, qu’il le change de ses mains, que de son épée il lui fasse rendre gorge, et qui voit un « révolutionneux » qu’il le change de ses mains. Qui voit un pouvoir juste en développement, qu’il le change de ses mains et qui voit le pouvoir d’un frère musulman qu’il le change de ses mains. Tout est faux et plus encore ! Des racines du faux pousse le faux.”

Naram Sarjoune, Awqât al-Cham (traduit et adapté par Hédi Dhoukar)
8 février 2013

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