20 mars 2013

DOM JUAN, LE MARIAGE POUR TOUS ET LE CHOC DES CULTURES

Mythe européen par excellence, Dom Juan cristallise nombre de projections collectives. Le héros créé par Tirso de Molina, repris par Molière et qui a inspiré Mozart représente l’archétype du transgresseur, du séducteur, du conquérant qui incarne le Nouveau et bouscule l’Ancien. Il est l’homme occidental moderne par excellence. Éclairé par la raison, il démolit et arase la tradition. Il est à la fois un « révolutionnaire » et  l’avatar profane de Prométhée, le voleur du feu de la demeure des dieux. Dom Juan défie aussi les divinités (symbolisées par la statue du Commandeur) et finit en enfer. Dom Juan est inséparable de son valet qui lui rappelle constamment le bon sens commun et lui sert surtout de faire valoir.

Dans le mythe, c’est par la séduction des femmes que Dom Juan démolit les assises de l’ordre social qui maintient la femme prisonnière de sa famille, de sa classe et de la morale religieuse. Par la conquête du cœur féminin, il affaiblit de l'intérieur l’édifice social bâti sur la soumission aux règles. Chaque femme séduite et abandonnée est comme une pierre enlevée aux soubassements de l’édifice soutenu par une charpente de lois que Dom Juan se plaît à ruiner. Transgression, témérité, esprit de conquête et indifférence à l’égard de son sort, sont les traits caractéristiques de ce héros européen. Il est au cœur de l'inconscient collectif des peuples  qui ont bousculé les Aztèques et les Mayas, anéanti les "Indiens", défait l’Empire du Milieu et celui du Soleil Levant, ont fait mordre la poussière à l’Empire ottoman et tué Dieu.
À présent qu’il n’y a plus de places fortes à prendre, Dom Juan s’aperçoit que l’égalité, la liberté et la justice ne sont plus que des mots dont la réalité s’est perdue comme l’honneur de ses victimes séduites et abandonnées. Pour continuer à vivre, il lui faut de nouvelles conquêtes ! Mais où les trouver ?

Le terrain de joute préféré par Dom Juan étant le sexe, c’est là qu’il peut découvrir de nouvelles frontières à faire tomber. De la table rase qu’il fit de toute tradition, il en voit une encore debout : le mariage ! Bien mal en point il est vrai, et sur le point de devenir une coquille vide, mais qui continue de tenir bon comme institution jugée injuste, car reposant sur la différence sexuelle et la loi de l'union complémentaire des contraires. Pourquoi, nous dit le pâle fantôme de Dom Juan, l’union par les liens du mariage serait-elle réservée aux seuls couples hétérosexuels ? N'est-ce pas inégal et injuste ? Il faudrait l’ouvrir aussi aux homosexuels qui, s’ils ne peuvent procréer devraient au moins avoir le droit d’aspirer au statut de « parents » ! Ils devraient adopter, recourir à la gestation pour autrui (GPA) ou à la procréation médicalement assistée (PMA) !  Après tout, rien ne prouve qu’un enfant a besoin d’une mère et d’un père. Ce n’est qu’une affaire de mots. Les « parents » seront ce qu’ils seront en pratique. Remus et Romulus ont bien été allaités par une louve. Et Tarzan n’a-t-il pas grandi parmi les singes et les fauves ? Il n’y a pas de science exacte en la matière. La science est là pour donner un coup de pouce technique en bricolant avec le sperme et les ovules. La Loi devrait favoriser la location de ventres ou la fécondation de ventres stériles. Et si  la réalité fait de la résistance, il suffit de nommer les choses autrement, dire « couple » à la place de « paire » et remplacer les mots « mère » et « père » par celui de « parents » qui ne seront plus identifiés comme des procréateurs grâce au vote des "élus" de la nation!

Si Dom Juan ne recule devant rien, c’est parce qu’il est un mythe vivant dans l'inconscient collectif. Mais survivra-t-il à sa dernière « conquête » ? Tant qu’il défie et transgresse la morale en apportant en retour un peu plus de liberté, son mythe vivra. Mais si l’on venait à s’apercevoir que plutôt qu’un service rendu à la collectivité, c’est un coup mortel qu’il lui assène, son emprise sur elle cessera d’agir. Mais, pour l’instant, il semble que son emprise transcende même l’appartenance au catholicisme. Le mariage homosexuel est en effet autorisé dans des pays comme le Portugal et l’Espagne, et il est sur le point de faire la conquête de toute l’Europe où il est en passe de devenir un marqueur identitaire nouveau au même titre que l’Euro, l'endettement ou l’appartenance à l’Otan.

Il permet déjà de creuser un peu plus l'incompréhension entre le monde occidental et le reste du monde condamné à paraître inégalitaire et rétrograde comme l’ont laissé entendre les discours de François Hollande et de Barak Hussein Obama, à la tribune de l’Assemblée générale annuelle des Nations Unies quand ils ont appelé à élargir les droits de l’homme à ceux des homosexuels, lesquels ne sont plus désignés par leur spécificité, mais par leur « droit » à l’égalité avec les hétérosexuels.

VERS LE MEILLEUR DES MONDES OCCIDENTAL


Un pas est ainsi  franchi où le Dom Juan européen met au défi l’humanité entière en la sommant de balayer toutes les traditions susceptibles de faire de la résistance. Les orthodoxes et les musulmans n’ont qu’à bien se tenir, mais aussi les bouddhistes dont les temples sont  ornés de bas-reliefs scandaleux où il n’y a que des hommes accouplés à des femmes. Le taoïsme ou le shintoïsme sont aussi des croyances rétrogrades qui reposent sur la Tradition et tiennent les lois naturelles pour sacrées. Les Chinois, surtout, adoreront apprendre que l'Occident a décidé de décréter l'inanité du Yin et du Yang qui est à la base de leur sagesse plusieurs fois millénaire.


Ils devront s'arranger avec une seule couleur.

Les Chinois ne donnent pas de la voix comme la Russie dont le Parlement (Douma) a voté une loi contre le prosélytisme homosexuel auprès des mineurs et décidé l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par des couples français après la légalisation en France du "mariage pour tous". Après la légalisation de ce "mariage"  aux États-Unis, une ONG russe a récidivé  en exigeant, ni plus ni moins,  la rétrocession de l’Alaska à la Russie pour y protéger la population orthodoxe des menaces qui pèsent désormais sur elle du fait de cette loi nouvelle.
Tout cela est certes symbolique et, pour cette raison même dangereux, car de nature à creuser un peu plus le fossé entre les cultures dans le sens du fameux « clash des civilisations » que d’aucuns appellent de leurs vœux.
Il permettra à l’Occident de dériver à son gré, cap sur Le Meilleur des mondes prophétisé par Aldoux Huxley où les bébés ne naîtront plus du ventre d’une « femelle vivipare », mais en laboratoire. Ils y seront conditionnés dès la fécondation de l’ovule par les habitudes de consommation de leur future classe sociale : Alpha, Béta, Delta, Gamma, Epsilon, mini-Epsilon. Ils grandiront dans un monde sans histoires, sans livres — à l'exception de Celui de Notre Ford —, sans passions, sans conflits, sans amour autre que physique, sans rien qui vienne perturber leur règne de maîtres ou leur statut d'esclaves ou leurs fonctions  de classes intermédiaires. Sans avoir connu ni père ni mère, ils n’en seront pas moins consommateurs de femmes aux corps "pneumatiques" comme des poupées gonflables.

Dans un tel monde, il n’y aura plus de place pour Dom Juan, ni pour aucun mythe ni  rien qui puisse évoquer une relation avec quelque chose qui s'appelle la vie. La vie dans ce monde n'est pas désirable car elle est synonyme de souffrances, de peines, de maladies, d'inégalités, d'injustices, bref, de tout ce qui inspire les artistes et dont parlent les livres désormais interdits.
Vaincre la vie pour la réduire à un pur simulacre; aucune civilisation humaine n'a rivalisé à ce point avec la Mort.
Et la mort commence avec celle du sens,  quand rien n'a plus de sens.

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