23 mars 2013

L'ISLAM CONTRE L'ISLAM



Un attentat dans une mosquée  à Damas perpétré par un kamikaze, jeudi 21 mars, a tué l’imam de la Grande mosquée des Omeyyades, Cheikh Mohammad Saïd al-Bouti, — une grande figure savante de l’islam sunnite —, et une cinquantaine de fidèles. La presse occidentale officielle a semblé justifier cet acte en soulignant lourdement le soutien apporté par cet imam au pouvoir en place et en relayant l’ « opposition » qui a attribué l’attentat au… régime comme à l’accoutumée : "ce n'est pas moi, c'est lui". 
Le lendemain, vendredi, le président Bachar al-Assad, a promis de « nettoyer la Syrie des extrémistes ». Quelle est alors la surprise de voir la réponse venir, non des extrémistes menacés, mais de la porte-parole de la Maison Blanche, Victoria Nuland : Pour tenir sa promesse, a-t-elle déclaré, le président syrien « doit commencer par rompre avec le Hezbollah et les extrémistes iraniens qui le soutiennent, font la guerre à ses côtés et appuient son régime ».

Cela en dit long sur l’implication étasunienne et occidentale directe dans le bain de sang syrien aux côtés de criminels de la pire espèce. Cela en dit long également sur le raidissement extrême des positions autour de la Syrie, même si Mme Nuland n'a pas cité la Russie et la Chine en tant que soutiens du pouvoir syrien, ne pouvant pas sans doute courir le risque de les qualifier d'"extrémistes". L'attentat, cela est sûr, marque un nouveau degré dans l'escalade antisyrienne et conduit le journaliste syrien Naram Sarjoun à écrire un long article pour tirer les conclusions de l’assassinat du dignitaire syrien et pour exprimer à sa façon l'état d'esprit du président syrien quand il s'est engagé à "nettoyer la Syrie des extrémistes".

Il considère qu’une ligne de démarcation est définitivement établie entre les Syriens — les traitres avérés à leur patrie, d’un côté, et les patriotes restés fidèles; les tueurs armés de fatwas d’un côté et leurs victimes de toutes confessions. Il considère que depuis la destruction de l'Irak, les ennemis arabes de la Syrie n'ont aucune excuse, car ils savent parfaitement que la Syrie est promise à un sort irakien. Il estime qu’il n’y a plus de place à un quelconque dialogue avec eux. Mieux, la "justice devrait atteindre" les traitres et les tueurs ainsi que leurs sponsors pour mettre fin à leur impunité. De ce long article, un extrait résume bien l’état d’esprit général qui s’installe désormais en Syrie et tout autour, au Liban, en Jordanie, en Irak et, bien sûr en Turquie, où deux camps se mobilisent pour une bataille à mort : celle de l’islam contre l’islam.

EXTRAIT :



"Son sang [celui d’al-Bouti] entame l’écriture d’un nouveau chapitre prophétisé par de nombreux penseurs musulmans : celui [de l'affrontement] de l’islam contre l’islam, non celui des sunnites contre les chiites. 
Il y a l’islam des gens de Syrie.
Ils l’ont accueilli à son état primitif quand il est arrivé chez eux après la bataille du Yarmouk. Ils l’ont cultivé, lui ont enlevé les grossiers vêtements du désert que portaient ses premiers et simples combattants et l’ont paré d’un vêtement raffiné. Ils ont épluché ses fruits rudes pour arriver à la pulpe de la pensée mohammadienne révolutionnaire et pour la porter, tel un moteur de civilisation, sur leurs chevaux et leurs caravanes jusqu’en Afrique du Nord et en Andalousie, jusqu’aux Indes et en Chine.


Et il y a l’islam du désert. Il ne s’est pas défait de l’ignorance des gens qui enterraient vivantes leurs filles à leur naissance avant l’islam et qui continuent toujours à enterrer leurs femmes dans des abbayas et des burqas, à les maintenir prisonnières de lois leur interdisant de monter un dromadaire ou de conduire une voiture, et qui refusent encore de croire que l’islam est autre chose qu’une affaire de razzia et de butin. Leur islam est resté errant dans le désert et ils croient que le Prophète, sa famille et ses Compagnons sont également restés prisonniers du désert, alors qu’ils en sont sortis sans retour depuis que le Message a atteint les gens d’Irak et de Syrie.
[…]

Il ne reste plus entre eux et nous qu’une devise : « ou eux, ou nous », exactement pareille à celle-ci : « ou c’est Israël ou c’est la Palestine ». Il s’agit d’une dissociation psychologique absolue. Car ceux qui ont tué le cheikh Al-Bouti, qui y ont participé ou qui ont applaudi, ont dit leur dernier mot : ils veulent tuer tout ce qui se trouve sur leur chemin et ne voient pas d’autre alternative à notre soumission et à leur désir de nous tuer. Nous sommes devant la mort… ou la mort.
C’est tout."

Naram Sarjoun, Awqaat al-Chaam, 23 mars 2013

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