29 avril 2013

LES AVANTAGES D'UNE GUERRE AU PROCHE-ORIENT

Loin d'aller vers un apaisement et une solution à froid sous l'égide des États-Unis et de la Russie, la situation au Proche-Orient semble s'acheminer vers une guerre quasi-certaine. Plutôt qu'une paix négociée aux conditions d'une Russie  confortée par la solidité du régime syrien, les États-Unis et leurs alliés fortifient leur camp en vue d'une conflagration régionale qu'ils espèrent pouvoir maîtriser en la confinant à la région comprise entre la Méditerranée orientale et le Golfe arabo-persique. C'est pour obtenir une telle assurance que les États-Unis multiplient les ouvertures en direction de Moscou sur de nombreux dossiers, sauf celui qui concerne la Syrie au sujet de laquelle ils maintiennent une concertation de pure forme.

La logique occidentale depuis le début de la crise syrienne est entièrement orientée vers un seul objectif qui est celui de faire sauter coûte que coûte le verrou syrien. À cette logique s'ajoute le fait que la guerre est la conséquence inévitable des contradictions et des impasses politiques dans lesquelles l'Occident s'est enfermé à partir du moment où il s'est fixé cet objectif de détruire la Syrie, sa nouvelle Carthage. Enfin, l'histoire contemporaine occidentale montre une propension à ne jamais céder que devant les rapports de force que la guerre est seule en mesure de déterminer avec la certitude des évidences.

En plus, dans cette zone qui s'étend du Bosphore au Golfe arabo-persique, l'Occident se trouve confronté à des défis insolubles nés de sa politique en Palestine qu'il est désormais incapable de gérer.  À l'émergence de l'Iran en tant que puissance régionale, suivie par l'ascendant du Hezbollah au Liban , s'ajoute désormais l'effervescence du monde sunnite qui s'estime le laissé-pour-compte de cette politique occidentale exclusivement centrée sur les intérêts du bastion israélien.

Une guerre aurait l'avantage de traiter de toutes ces questions à chaud et, chose nouvelle, tous les acteurs régionaux semblent désormais miser sur elle dans une sorte de quitte ou double : la Syrie, Israël,  la Turquie, l'Arabie saoudite et l'Iran. Leur situation à tous est devenue inconfortable, voire dangereusement bloquée.

Pour les acteurs extérieurs au rôle déterminant, c'est-à-dire les États-Unis et l'Union européenne, une guerre limitée offrirait de multiples avantages.

Pour les États-Unis qui ont déjà pris la décision de se replier sur leurs problèmes internes et celle de redéployer  leurs forces en vue du containment de la Chine, une telle guerre permettrait de résoudre les problèmes en suspens qui retardent leur nouvelle politique. Ces problèmes sont liés à Israël et à l'Iran. Les deux puissances viendront fatalement à s'affronter au cours de cette guerre et de leur affrontement surgiront les lignes d'un nouveau Proche-Orient. Dans l'idéal, les États-Unis voudront une intégration d'Israël au sein d'un monde sunnite unifié sous leur houlette, — un peu à la manière de l'Union européenne —, qui leur assurerait le contrôle des ressources énergétiques et celui des détroits. En cas de destruction de l'État d'Israël, ils voudront assurer une présence militaire permanente dans un Grand Kurdistan qui aurait l'avantage de leur permettre de contrôler à peu de frais l'Asie mineure et le Proche-Orient sans susciter l'inimité des voisins sunnites. En tout état de cause, l'objectif supérieur des États-Unis consiste à s'assurer le contrôle des ressources de cette région, car le sort du dollar leur est lié.

L'Union européenne joue dans cette guerre sa présence en Méditerranée. L'interminable crise du Proche-Orient et l'abcès israélien ont empêché la réalisation de l'Union pour la Méditerranée (UPM). Une guerre limitée au Proche-Orient aurait également l'avantage de hâter la résolution de la question turque. L'idéal, serait l'intégration de la Turquie dans une forme de partenariat euro-méditerranéen dans lequel Ankara jouerait le rôle de courroie de transmission entre l'Europe et l'Afrique du Nord. Une guerre limitée pourrait mettre fin également aux tiraillement européens entre l'Est et l'Ouest en permettant de clarifier les rapports entre les États-Unis et la Russie en fonction des nouvelles réalités qui surgiront du conflit. L'idéal pour l'Union européenne serait une sortie de la crise de l'Euro et de la guerre des monnaies par le biais de son intégration dans l'espace économique euro-atlantique projeté.

Un nouveau tracé entre l'Orient et l'Occident naîtra d'une telle guerre qui débouchera sur une nouvelle forme de guerre froide, car une guerre limitée  ne pourra pas bouleverser les grands équilibres mondiaux et déboucher encore moins sur un nouvel ordre mondial. Elle favorisera au contraire le déplacement des affrontements entre l'Occident et l'Orient sur d'autres fronts.

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