3 mai 2013

LES AVANTAGES POUR L'OCCIDENT D'UNE GUERRE D'USURE PROLONGÉE EN SYRIE



Dans le précédent article, le scénario envisagé d’une guerre limitée au P.O. laisse poindre des conséquences négatives pour les acteurs régionaux et des avantages exclusifs pour  les Occidentaux.
La raison principale qui empêche un tel conflit réside d’ailleurs dans la retenue dont font preuve la Syrie et ses alliés russe et iranien, ainsi que dans la volonté de Washington de ne pas entrer en guerre sans être sûre de ses résultats. S’il y a donc un risque de guerre régionale, il ne peut résulter, directement ou indirectement, que de l'initiative de deux États existentiellement liés aux intérêts occidentaux : Israël et la Jordanie, sans impliquer officiellement le mentor étasunien.
Pour la première fois depuis sa création,  Israël pourrait mettre son existence en jeu en se lançant dans pareille aventure; c’est pourquoi la Jordanie est poussée par les États-Unis et par l’Arabie saoudite à jouer le rôle de boutefeu.

Les informations relatives à la présence de l’armée US et de la CIA aux frontières jordano-syriennes font état  de la formation de combattants devant alimenter une percée continue dans le flanc sud de la Syrie en direction de Deraa, l’avant-poste de Damas. Cela, après que les infiltrations depuis la Turquie et le Liban ont commencé à devenir problématiques, car dans les régions nord de la Syrie, l’armée régulière est en train de reconquérir le terrain perdu. Ce déplacement de la pression du nord de la Syrie vers son sud, soulage la Turquie — de plus en plus sensible aux pressions de la Russie — ainsi que le Liban  qui risquait d’être entrainé dans la guerre et d’en étendre le foyer en Israël. Si la guerre gagnait le pays des cèdres, le Hezbollah, serait contraint en effet d'entrer en guerre contre l'État sioniste plutôt que de se laisser entraîner dans une guerre confessionnelle contraire à ses orientations.

En plus de ces aspects, l’implication de la Jordanie permet de privilégier une ingérence saoudienne dans la crise syrienne au détriment de celle du Qatar qui s’exerçait par le biais de la Turquie et profitait essentiellement aux forces alliées à Al-Qaïda. Le Qatar semblerait être plus utile aux États-Unis dans la guerre menée dans le Sahel africain.

Un front jordanien permettrait de revenir à la fiction d’une « armée syrienne libre » plus conforme aux désirs occidentaux; fiction battue en brèche par le déferlement de mercenaires (estimés à 80% des effectifs des « rebelles ») sous l'obédience d’Al-Qaïda via le Front Ennossra. La Jordanie deviendrait ainsi la plateforme d’un terrorisme djihadiste « halal » sponsorisé par Riyad et Washington, et un bastion "sunnite" avancé sous protection étasunienne et israélienne. Ce qui aurait l’avantage de contribuer au désengagement de l’Otan du bourbier syrien et de soulager une Europe qui n’a pas les capacités de se mettre à dos la Fédération de Russie. Cette option jordanienne aurait ainsi le mérite de « rationaliser » le tableau du champ de bataille syrien et de l'orienter vers une guerre civile entre sunnites et chiites, pour la grande satisfaction des Saoudiens et des Israéliens. Dans ce cas, la Syrie,— et donc la Russie et l’Iran —  hériteraient de la grave responsabilité de décider ou non d’une guerre ouverte avec l’Occident qui débuterait par une attaque syrienne contre la Jordanie ou, plus probablement contre Israël, car cela mettrait l’opinion arabe aux côtés de Damas.

Tant que le camp de la Syrie et de ses alliés sera confronté à ce grave dilemme, les Occidentaux et leurs alliés régionaux conserveront l’initiative d’une guerre d’usure implacable dont ils ont tout à gagner. Ils continueront à affaiblir le pouvoir syrien et à ruiner son État. Ils maintiendront l’Iran et le Hezbollah sur la défensive et ils contribueront à conforter les orientations prises par les régimes issus du « printemps arabe » qui commencent à être embarrassés par l’inconnue syrienne.  Si, enfin, les alliés régionaux de Damas venaient à engager leurs forces pour soutenir la résistance syrienne, comme l’ont dernièrement laissé entendre les déclarations du chef du Hezbollah pour lequel les alliés de Damas ne laisseraient jamais son régime tomber, les avantages profiteraient là encore aux Occidentaux qui ne pourront que se féliciter devant la perspective de voir les islamistes et les nationalistes se combattre et s’affaiblir mutuellement. Cela contribuerait aussi à élargir, à étendre et à généraliser un chaos que les capitales occidentales appellent de leurs vœux, à défaut d’une stabilisation de la région qui ne serait pas à leur avantage.

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